Des nœuds dans mon fil

mercredi 31 août 2011

La jeune fille en folie

Enfin, j’étais en vacances, j’allais pouvoir me reposer, et faire la grasse matinée. Mais c’était compter sans mon horloge biologique : à 6 heures, j’étais frais et dispo, et je ne pouvais me rendormir. Je décidai donc d’aller déambuler à travers les ruelles tortueuses de la ville. Quel charme ! J’aimais flâner ainsi, laisser mes pensées vagabonder au rythme de mes pas, quand, brutalement, je fus bousculé d’une furieuse façon par une jeune fille sortant d’une maison et tirant derrière elle une grande valise. Je m’arrêtai, stupéfait. D’abord par l’inconduite de cette demoiselle, ensuite par l’aspect qu’elle donnait : de sa valise, faite à la hâte, j’en étais certain, sortaient un bout de ceinture, un coin de robe, une chaussette. La jeune fille était à l’image de sa valise, carrément débraillée. Elle s’était cognée à moi et était immédiatement repartie à grands pas, mais j’avais eu le temps de voir son chemisier mal boutonné sortant de son pantalon, et je contemplais à présent son gilet enfilé à la hâte, à l’envers. Elle était échevelée, le vent s’engouffrait dans ses boucles et soulevait sa chevelure qui lui donnait un air encore plus fou. Elle grommelait et marmonnait aussi vite qu’elle marchait. Elle courait presque, mais devait à chaque pas, redresser sa grosse valise qui ne pouvait tenir l’équilibre à cette vitesse.

Immédiatement, je me pris à imaginer la vie de cette demoiselle : elle avait un rendez-vous pour un entretien professionnel, son réveil n’avait pas sonné, et elle courait comme une folle pour rattraper son train. Oui, mais pourquoi avait-elle alors une si grosse valise ? Certainement parce qu’elle n’en avait pas de plus petite. Ou alors elle partait en vacances, et ne s’était pas réveillée. Oui, cette solution était plus plausible.

J’en étais à échafauder une troisième hypothèse lorsque je vis que son écharpe avait glissé de son cou, et qu’elle allait tomber sans qu’elle s’en aperçoive. J’accélérai pour la rattraper. Elle continua sa course éperdue, l’écharpe finit par glisser de son épaule et tomba à terre.

Je me précipitai pour la ramasser lorsque je fus bousculé sans ménagement par un jeune homme. Le monde entier était-il devenu fou ce matin-là ? L’accoutrement de cet homme était aussi loufoque que celui de la jeune fille, avec une note encore plus cocasse : il était en pyjama. Si, si, réellement. Un pyjama bleu ciel à rayures, tout ce qu’il y a de plus classique. Il portait des tongs aux pieds. « Au moins il est chaussé », me suis-je surpris à penser !

« Claire ! Claire ! … » Il criait, clamait le prénom de la jeune fille à tue-tête, mais elle ne l’entendait pas, ou plus vraisemblablement, ne voulait pas l’entendre. Arrivé à sa hauteur, il la saisit par le bras et la fit s’arrêter. Elle tourna vers lui un visage d’une telle fureur qu’il la lâcha aussitôt. Elle reprit sa course. « Claire, arrête-toi, il faut que je te parle » Mais elle ne s’arrêta pas et courut de plus belle. C’est alors que sa valise tourna sur elle-même et qu’elle fut obligée de la lâcher : une roue s’était détachée et partait en direction du caniveau. Son ami changea de direction, et se mit à courir derrière la roue, plié en deux, la main tendue, essayant d’attraper la roue qui fuyait dès qu’il pensait l’avoir saisie. Il finit par avoir le dessus, lorsque la roue, faute d’inertie, se calla contre la bordure du trottoir.

Claire ne l’avait pas attendu. Elle avait rattrapé la valise par la poignée, et avait repris sa course en maintenant son bagage dans un équilibre impossible. Il n’y avait plus moyen de courir.

« Claire, je t’en prie, écoute-moi ». Il prit la valise d’autorité. Claire s’élança sur la poignée, voulut la tirer vers elle mais ne le put. Il y eut un rapport de force entre les deux jeunes gens.

« - Jean, rends-moi ma valise.
- Non, d’abord tu dois m’écouter.
- Je ne veux plus t’écouter, c’est fini.
- Claire, tu ne peux partir ainsi. Il faut que je puisse t’expliquer.
- M’expliquer quoi ? Je n’ai que trop compris. »
Elle tira plus fort sur sa valise, et repris sa marche difficile.

Jean resta un moment sur place, saisi, puis s’élança derrière Claire, la dépassa de plusieurs mètres, et s’agenouilla devant elle les mains jointes. Il ne s’était même pas aperçu qu’il était au milieu d’une flaque d’eau. Le dialogue reprit sur un ton plus faible. De l’endroit où j’étais je ne pouvais entendre leur conversation, et vraiment, je ne le souhaitais pas. J’aurais volontiers laissé là les amoureux, mais j’avais toujours entre les mains, le foulard de Claire. Je m’immobilisai, et m’adossai contre le mur de la propriété. Il me fallait attendre le dénouement pour pouvoir lui rendre son bien.

Claire et Jean étaient à présent en grande discussion. Jean, toujours à genoux, le regard levé vers Claire, semblait parler avec animation. Claire secouait la tête en tous sens, ses cheveux suivant le mouvement. Jean lui attrapa les mains et poursuivit sa diatribe. Claire ne le regardait plus, elle avait tourné la tête de mon côté. Je vis des larmes couler sur son visage. Jean se releva, prit Claire par le menton et l’obligea à le regarder. Lui aussi pleurait. Elle se jeta dans ses bras.

Une dame bien mise promenant son petit chien, choisit ce moment pour passer à cet endroit. Elle s’arrêta stupéfaite, les dévisagea de haut en bas et de bas en haut, et se mit à les invectiver « Enfin, jeunes gens, quel spectacle donnez-vous ? Ressaisissez-vous, votre attitude est déplorable… » Elle continua sur ce ton, avec un vocabulaire choisi. « Vous, Mademoiselle, votre chemisier est mal boutonné, ne l’avez-vous pas remarqué ? Votre tricot est enfilé à l’envers… Et vous, jeune homme, en pyjama dans la rue, de quoi avez-vous l’air ? Votre pantalon est trempé. Ttttt, tttt, tttt, quelle jeunesse ! ».

Claire et Jean, tout au début de la diatribe, ne l’entendaient manifestement pas. Puis, les paroles de la dame firent leur chemin, ils s’aperçurent que quelqu’un leur parlait. Ils la remarquèrent et commencèrent à faire attention aux paroles qu’elle leur adressait. Ils s’écartèrent un peu l’un de l’autre et s’observèrent mutuellement. Un sourire leur vint aux lèvres, mais quand leurs regards s’abaissèrent sur le pantalon dégoulinant de boue de Jean, ils commencèrent à rire. Ils essayèrent bien de se retenir, voyant qu’ils choquaient plus encore la brave femme, mais ils ne le purent, et riaient tant qu’ils finirent par avoir un fou rire.

La dame détourna la tête, furieuse et choquée, tira sur la laisse de son toutou et continua sa promenade en pestant intérieurement contre la jeunesse qui ne savait pas se tenir.

Entre-temps, Claire et Jean s’étaient calmés. Ils échangèrent encore quelques mots à voix basse, puis Jean prit la valise de Claire et ils repartirent tous deux dans la même direction.

Je les regardai passer devant moi, l’écharpe toujours à ma main. Ils avaient l’air si heureux, si pleins d’espoir, que je ne pus me décider à les interrompre. J’attendis qu’ils fussent rentrés chez eux, et j’accrochai l’écharpe à la poignée de la porte…



vendredi 26 août 2011

Alphonsine fait ses bagages

Faire ses bagages est tout un art. Des livres ont été écrits sur la question. Mais à moins d'être passionné d'empaquetage, il ne reste que la solution d'Alphonsine :




1. Plusieurs jours à l'avance, faire une pile des livres à emporter.





2. Quelques jours à l'avance, tenter de faire diminuer la pile des livres à emporter.





3. L'avant-veille, choisir le sac pour emporter la pile de livres.




4. La veille, essayer d'être raisonnable, de choisir un autre sac aux dimensions plus adaptées à la voiture, et pour éviter de mettre le coffre de toit et la remorque (dixit le père de famille)





5. Une heure avant le départ, prendre un petit sac, y jeter quelques sous-vêtements, une jupe et un tee-shirt, une robe, trois pulls et la brosse à dent.





Les bagages d'Alphonsine sont bouclés,
tout le monde en voiture !

Alphonsine reviendra la veille de la rentrée...
Elle part au moment où tout le monde rentre.
Elle n'a jamais rien pu faire comme les autres !





Mais pour vous faire patienter,
elle a planifié la publication d'une nouvelle
le mercredi 31 août (2011).





jeudi 25 août 2011

Voyage virtuel

Il y a plusieurs années déjà, je me demandais comment occuper les enfants et leur faire découvrir des pays de façon agréable, mais sans bouger de l'appartement. Après longues et difficiles réflexions, j'ai eu l'idée - géniale - (je l'avoue humblement) des voyages virtuels.

Les enfants ont immédiatement accroché au concept, et se font une joie chaque fois que je relance l'idée. Lorsque nous sommes "partis" en Scandinavie, j'avais rédigé un carnet de voyage qui a été publié par marmiton.org dans la rubrique "pratique". Si vous avez envie de découvrir de plus près le déroulement du voyage, avec les préparatifs et l'organisation, si vous voulez simplement puiser des idées pour proposer un voyage virtuel à vos enfants (ce peut être un voyage de 10 jours ou tout simplement une soirée à thème), vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous :



Bon voyage !!!




mercredi 24 août 2011

Du bon usage des serviettes de table

Vous allez penser que ce billet est superflu, qu’une serviette de table sert à s’essuyer la bouche et à être joliment disposée sur les genoux le reste du temps. Vous êtes alors vraiment innocents, il vous faut venir de toute urgence prendre un repas chez Alphonsine pour que ses enfants vous apprennent tout ce que vous ignorez encore et que vous n’avez, objectivement, pas besoin de savoir. Quoique… votre culture générale peut s’en trouver augmentée.

Chez Alphonsine, on prend grand soin des serviettes, comme vous allez pouvoir le constater.

Au début du repas :

Certains, bien disciplinés, se servent normalement de leur serviette, ou au pire, oublient de la mettre sur leurs genoux.

Un autre, toujours malin, et voulant épargner du travail à sa chère maman, a pris le parti une fois pour toute de ne plus prendre de serviette de table. Or si Alphonsine apprécierait un moindre travail, elle aimerait également ne pas s’énerver tous les jours pour lui faire accepter de prendre sa serviette. Comme il est (très) obéissant, ou qu’il n’a vraiment pas le choix, il prend sa serviette, et s’assied dessus. Mais comme sa maman est vraiment futée, elle a décelé la méthode, suite à quoi il a pris le parti de faire glisser discrètement sa serviette sur la barre qui relie les deux pieds de chaise. Alphonsine le sait, il sait qu’elle le sait, elle sait qu’il sait qu’elle sait, mais c’est le prix à payer pour la paix dans les chaumières.

Il y a également le cas de figure de l’enfant toujours en mouvement : il commence par oublier de prendre sa serviette. Il la laisse à côté de son assiette jusqu’au rappel à l’ordre, il la pose sur ses genoux… pour un trop court moment. Il la fait bientôt glisser de ses genoux au sol « sans le faire exprès » il va de soi ! 

Alphonsine a également un enfant, jamais affamé, ou plutôt toujours affamé, mais ayant besoin de mettre la machine en route. Le début du repas est consacré à jouer avec sa serviette. Il en fait généralement une bougie en hurlant à travers la table pour demander à son frère de l’aider dans son œuvre éphémère. Lequel frère refuse, ce qui fait crier l’affamé qui ne mange pas.


Comment cela se passe-t-il au cours du repas ?

Il arrive qu’un enfant dise une chose qui ne plaise pas du tout à son frère ou à sa sœur. Ce dernier réplique en haussant le ton. Au bout de quelques échanges verbaux plutôt vifs, le premier se sert de sa serviette pour fouetter le récalcitrant. Bien entendu, ce n’est possible que pour ceux qui ont la serviette sur leurs genoux, ou à côté de leur assiette. Le temps de ramasser la serviette par terre, et l’adversaire a fui lâchement.

Entre-temps, un autre déplie sa serviette, et la place sur sa tête de différentes façons : soit en carré, tout simplement, soit pliée en triangle pour faire un foulard, soit toujours en triangle pour jouer au cow-boy (version autour du cou ou de la bouche, dans ce cas on se rapproche plus du gangster).

Le grand jeu, c’est de faire l’hélicoptère : on déplie sa serviette, on la tient à un angle, on la fait tourner autour de la tête le plus vite possible, et avec un bruit caractéristique d’hélicoptère. Insupportable quand six hélicoptères décollent en même temps.

Les choses se calment-elles en grandissant ? Chez Alphonsine, ce serait plutôt l’inverse : elles s’aggravent avec le temps, parce que l’imagination des uns et des autres est plutôt fertile. Et faut-il parler des jours où le père s’en mêle pour la plus grande joie des enfants ? Ce sont alors 7 hélicoptères qui décollent…



mardi 23 août 2011

Enfin l'été

L'été est enfin arrivé !

Les travaux de couture du mois de juillet n'auront donc pas été réalisés en vain...

Modèle Butterick 5451


Et j'en viens à regretter de n'avoir pas eu le courage de faire ce même modèle en version robe. Mais il faisait bien trop froid pour que je me lance dans la couture estivale.


lundi 22 août 2011

Le dîner d'Aurore

J'ai écrit cette nouvelle à la suite d'une démonstration Thermomix. J'avais été invitée par une amie. J'ai pu vraiment admirer les prouesses de la machine, mais elle est bien trop petite pour nous huit, et surtout, bien trop chère. Mais comme la démonstratrice était charmante, que la discussion a porté sur nos loisirs, je lui ai promis une histoire rien que pour elle. Je vous la partage ici :

« Aurore, comment as-tu fait cuire les nouilles ?
- Heu…
- Ne me dis pas que tu as encore oublié qu’il fallait faire chauffer l’eau d’abord, et mettre les nouilles ensuite dans la casserole ?
- Ecoute, j’étais un peu pressée, et…
- Aurore, je ne te fais pas de reproche, mais souviens-toi, mes parents aimeraient faire ta connaissance, et je t’ai expliqué qu’ils étaient très soucieux de la cuisine de leur future belle-fille. Je sais, tu peux trouver ce critère un peu léger, mais je ne peux les changer.
- Quand viennent-ils, déjà ?
- Dans trois semaines. L’as-tu déjà oublié ?
- Oui,… non,… pas du tout, je ne pense d’ailleurs qu’à ça. 
Robert me quitte pour rentrer chez lui. Il sera en déplacement jusqu’à la date fatidique. Je m’effondre dans le fauteuil de mon petit appartement. Non, je n’ai pas oublié que ses parents allaient me rendre visite, qu’ils viendraient dîner, qu’ils me jugeraient, non sur mon cœur ou ma gentillesse, mais sur ma cuisine. Et dire que je n’ai jamais voulu apprendre à cuisiner. Je n’en ai rien dit à Robert, mais j’ai acheté des livres de cuisine « La cuisine pour débutants », « La cuisine, c’est facile », « Savoir cuisiner en 10 leçons ». Aucun ne m’a aidée. J’ai tout raté. Quel gâchis. Que vais-je devenir, je retourne les mêmes pensées dans ma tête depuis si longtemps : Je peux acheter des plats surgelés, mais ils s’en apercevront. De même si je fais venir des plats cuisinés. Peut-être pourrais-je demander à une amie de venir cuisiner ? Non, elles sont à peine plus douées que moi. Ca y est, j’ai une idée de génie !!!
« Allo, Bonne-maman ! Ecoute, j’ai besoin de toi de toute urgence, j’ai un énorme souci.
- Tu m’affoles, que se passe-t-il ?
- Tu connais Robert ?
- Oui ?
- Il aimerait que ses parents me rencontrent.
- Quelle bonne nouvelle !
- Oui, mais… ils veulent dîner chez moi.
- Et tu ne sais pas cuisiner, parce que tu n’as pas voulu apprendre !
- Exactement.
- Que veux-tu au juste ?
- Pourrais-tu me donner des cours, ils viennent dans trois semaines.
- J’ai une autre idée. Détends-toi, tous va bien se passer. Je te rappelle. »
Je n’arrive pas à rester calme. Que fait-elle ? Pourquoi ne rappelle-t-elle pas ? Enfin, le téléphone sonne.
«  Aurore, peux-tu te libérer demain après-midi ?
- Oui.
- Je te proposer de passer me chercher. Ton problème est résolu, tu vas savoir cuisiner. Je ne t’en dis pas plus, dors bien. »

Je vais donc me coucher, je m’endors rapidement, mais je cauchemarde. Je revois tous les plats ratés des derniers jours. Un tourbillon d’horreur.
Enfin, le lendemain, Bonne-Maman m’amène chez une amie. Il y a déjà quatre personnes présentes dans la cuisine, dont une animatrice en tablier. Elle est positionnée devant une drôle de machine, sourit à tout le monde et promet des merveilles à toutes les personnes présentes. Je me cache derrière les autres, dubitative, craignant qu’elle ne me mette à contribution et ne constate mes incapacités.
Mais bientôt, je m’approche de la machine. Un Thermomix a-t-elle dit. Elle met tous les ingrédients pêle-mêle dans le bol, et il en sort une crème anglaise absolument divine. Elle fait de même des œufs à la neige. Incroyable. A peine le bol rincé, elle prépare de la glace à la fraise, puis de la pâte à tarte, et nous explique des recettes inouïes et si faciles. Elle nous propose de nous asseoir à table et de nous présenter les livres de recettes. Je feuillette et je compose mentalement mon menu. Bonne-Maman me sort de mes pensées : « Ma petite, j’ai tout organisé avec l’animatrice, elle t’en livrera un dans deux jours. ». Je lui saute au cou en criant de joie. Je suis au paradis ! Bonne-Maman ne dit rien, mais me regarde de ses petits yeux brillants.
Un soir, chez moi, le Thermomix bien installé sur ma table de travail, je commence à cuisiner. Une soupe, une pâte à tarte, et hop, j’ai une quiche qui cuit au four. Durant les trois semaines qui me séparent du rendez-vous, je cuisine comme jamais je ne l’ai fait. Mon congélateur sert à nouveau pour les plats cuisinés, mais cette fois, ce sont les miens que je conserve.
Enfin, le grand jour est là : la terrine de poisson est déjà démoulée sur un plat, décorée de tomates cerises, de feuilles de salade et de tranches de citron. Le pain (préparé dans mon appareil) est coupé. La daube d’espadon aux poivrons rouges mitonne, le blé reste au chaud par-dessus. Bien entendu, j’ai préparé des œufs à la neige pour le dessert. La table est mise, les fleurs sont disposées. J’attends avec impatience mes invités. On sonne !!!
Robert arrive, le visage anxieux. Il a un choc lorsqu’il me voit si détendue.
 « - Tu vas bien ?
- Parfaitement bien, ne t’inquiète pas, tes parents seront contents.
Les voilà qui arrivent. Ils sont absolument charmants. Nous nous installons pour prendre l’apéritif. J’ai mis une bouteille de champagne au frais, et je ramène mes petits fours à base de pâte feuilletée spéciale Thermomix.
- Avez-vous fait la pâte feuilletée vous-même ? Elle a un goût incomparable.
- Oui, c’est très facile.

La suite du repas se déroule comme dans un rêve. Tout est parfait, tout est apprécié. Robert me regarde avec des yeux exorbités. C’est sûr, je serai la femme de Robert ! Je l’ai bien mérité !

dimanche 21 août 2011

La propreté chez Alphonsine

Chez Alphonsine, il y a un tas de sable (il faudra un jour que je vous en parle), il y a des enfants, il y a des enfants qui jouent dans le tas de sable, et qui, épisodiquement, se lavent les mains.

Alors, chez Alphonsine, longtemps, il y a eu ça :









Alphonsine, avec toute la vigueur qui la caractérise, a tenté de faire comprendre à ses enfants qu'il était préférable d'user de savon, d'eau, et de se laver les mains parfaitement avant de les essuyer à l'essui-main.



Et vous allez pouvoir constater qu'Alphonsine est maîtresse dans l'art de l'éducation, car à présent il n'y a plus trace de saleté sur les essui-mains !!! Voyez plutôt :







Elle n'est pas belle la vie ?



samedi 20 août 2011

Marie-Antoinette

Depuis plusieurs jours, je suis plongée dans ce livre.


Il est tout à fait passionnant, et je regrette de ne pas avoir plus de temps pour le lire plus vite encore !

J'aime beaucoup l'écriture de Stefan Zweig. Il écrit magistralement et magnifiquement. Chaque phrase est un bonheur de littérature. Je connais peu d'auteurs historiques capables de captiver un lecteur. En général, les livres d'histoire sont rébarbatifs et pénibles.

Je ne lui trouve qu'un seul petit défaut : par moment il est un peu répétitif. Mais c'est toujours si joliment dit qu'on lui pardonne volontiers...

Sur le même sujet, j'avais également aimé "Histoire d'un paysan" d'Erckmann et Chatrian. C'est l'histoire de la révolution, mais vue d'un autre côté... et avec une écriture aussi agréable.

vendredi 19 août 2011

Cadeaux de naissance

Les faire-part de mariage sont arrivés à foison l'année dernière, logiquement, les faire-part de naissances affluent cette année. J'avais préparé des chapeaux de soleil mais le soleil n'est pas venu. J'ai donc rangé mes chapeaux (j'ai malgré tout pu en offrir deux, à l'époque où le soleil régnait encore en maître), et changé mon arme d'épaule.

Voici un "Schlafsack" plus communément appelé de ce côté du Rhin "gigoteuse". Le modèle sorti d'un vieux carton, a été tiré d'un magazine Burda il y a une vingtaine d'années. Mais il y a des modèles indémodables !
Tissu "pain d'épices" pour le recto, polaire pour le verso, le tout en taille 74/86.

Pour le premier cadeau, je n'ai pas vraiment eu de mal à trouver une idée. Lorsqu'il s'agit d'un premier bébé, c'est relativement facile, et pour que le cadeau soit vraiment utile, il vaut mieux éviter la taille "6 mois".

Pour le second, il ne s'agit pas d'une naissance qui suit un mariage... le bébé est le neuvième d'une fratrie. Je pars du principe que la maman dispose déjà d'une layette fournie. J'ai donc choisi de coudre une chemise de nuit pour la septième. Et j'ai ajouté des chaussons pour le bébé.

Patron Citronille (modèle Nine n°66) en taille 6 ans
Chaussons Jasmin (le patron est en accès libre sur le site Petit Citron

jeudi 18 août 2011

Le salon de la flemme : laissez-vous aller !


C'est un texte que j'avais écrit pour une animation de marmiton qui avait été lancée sur le forum. Il fallait décrire un salon culinaire. J'avais imaginé le salon suivant : 



Le salon de la flemme


Dès l’arrivée dans ce salon, on vous dispense de sortir votre porte-monnaie pour payer l’entrée : trop fatigant.
On vous propose de suivre le salon sans en perdre une miette : vous vous asseyez sur une chaise bien confortable qui s’enclenche dans des rails et vous mène à travers tous les présentoirs.

Premier hall d'exposition : tous les robots ménagers.
Incroyable direz-vous en voyant tout ce que vous n’aurez plus à faire si vous succombez à l’achat de tous les robots :
Ceux qui hachent
Ceux qui coupent
Ceux qui pèlent
Ceux qui grattent les casseroles qui ont attaché
Ceux qui fouettent
Ceux qui mélangent
Ceux qui refroidissent
Ceux qui chauffent
Ceux qui cuisent
Ceux qui …
Auriez-vous vraiment pensé qu’une machine puisse effectuer tant de tâches ?

Deuxième hall d'exposition : tous les programmes d’ordinateur.
Là, c’est du gâchis : même plus de raison d’aller sur marmiton.org.
Un des programmes vous indique les menus de la semaine. En même temps, il commande vos courses (qui seront livrées gratuitement, directement à domicile, et même rangées dans le frigo et les placards). Il a en mémoire toutes les réserves dont vous disposez et calcule les quantités en fonction de ces données.
Un autre vous propose des menus adaptés aux caprices de vos invités (ceux qui n’aiment pas : cochez la bonne case : les chou de Bruxelles, les endives, la tête de veau…). Idem pour les courses.
Un autre vous indique les recettes en fonction du temps que vous y passerez (en tenant compte du rangement et des ustensiles dont vous disposez).

Vous en avez assez vu, vous passez dans le hall suivant.

Troisième hall d'exposition : les menus de la flemme
Epoustouflant : il y a là tous les repas prévus pour les différents cas de flemme, avec possibilité d’y goûter.  Attention, comme vous avez la flemme, il n’y a pas moyen de participer à l’élaboration !
Flemme de cuisiner (plats tous prêts)
Flemme de manger (un bon livre de cuisine pour passer le temps et donner envie de manger)
Flemme de mâcher (des plats où il n’y a rien à mordre)
Flemme de nettoyer (menus sans vaisselle)
Flemme de manger épicé, salé, sucré… toutes les flemmes sont visitées

Quatrième hall d'exposition : explosif
Avant d’entrer dans ce quatrième hall, vous n’auriez jamais imaginé ce qu’il contenait, et pourtant, vous explosez de joie :
Vous bondissez de votre chaise et vous vous précipitez pour vous inscrire à la démonstration : il s’agit de cuisiner à l’ancienne. Tout d’abord, vous devez traire une vache, puis ramasser des œufs (sans les casser) avant de passer dans un jardin où vous récolterez des légumes.
Vous passez déposer vos trésors à la cuisine, puis vous ressortez fendre du bois et tirer de l’eau au puit. Ensuite, à l’aide d’un couteau d’office, un fouet, une cuiller en bois, d’une poêle, d’une casserole et d’un faitout, vous allez concocter un délicieux déjeuner sur une cuisinière à bois.
Ca y est, il est prêt. Quel fumet, quel délice… mais quelle fatigue…
Vous rentrez chez vous comme sur un nuage : quelle idée vous a donc pris de croire que la flemme vous procurerait du bonheur ?


mercredi 17 août 2011

La taille des enfants

Comment faire lorsque l'aînée a atteint sa taille maximale de croissance, mais que le suivant se rapproche à grands pas ? L'année du bac de F1 a été une année terrifiante pour elle : c'est celle que son frère avait choisi pour la dépasser ! Pourtant elle avait été prévenue "les garçons sont toujours plus grands que les filles", "tu ne resteras pas la plus grande", "il faut te faire à l'idée"... Elle ne s'est faite à rien du tout, et voyait avec terreur, ce jour approcher. Et puis, un jour, lors d'un anniversaire (nous les mesurons tous à chaque anniversaire, soit 6 fois par an), elle a découvert qu'elle était désormais seconde dans l'ordre des tailles.

Nous avons décidé de fêter dignement cet événement, et nous avons invité tous nos enfants au restaurant.

Avec tous les honneurs dus à son rang, nous avons expliqué à notre aînée les raisons de cette fête. Elle hésitait entre deux contenances, et a fini par faire contre mauvaise fortune bon cœur lorsque je lui ai demandé de faire bonne figure parce que nous avions prévu de nous amuser, et qu'elle ne devait pas gâcher notre fête.

C'est avec un sourire crispé qu'elle a ouvert son cadeau : un petit sac à main immédiatement baptisé "ridicule... non... réticule" par ses frères. A l'intérieur du sac, il y avait ça :


"pour avoir quelques mois de répit"
Sous nos regards amusés, elle a enfilé ses chaussures, a essayé de faire quelques pas avec ses 7 cm de plus, et a regagné la première place, celle de la plus grande et de la plus âgée !

L'histoire n'est pas terminée, F3 a gentiment décidé de ne pas essayer de battre son aînée sur ce plan, mais G4 s'approche dangereusement de F1. (Entre nous, il est déjà plus grand qu'elle, mais nous attendons le prochain anniversaire pour confirmation !) Il ne lui reste plus qu'à supporter le dépassement par G5 et G6... Courage !

mardi 16 août 2011

Cornets de glace

Actuellement, les livres à la mode expliquent avec beaucoup de bon sens, des règles de base concernant l'organisation. Par exemple, ils prescrivent de nous débarrasser de tout objet qui n'a pas servi dans l'année (certains prônent même une durée de six mois !)

En faisant de l'ordre dans mes affaires, j'ai redécouvert un appareil à déshydrater les aliments que je n'avais pas utilisé depuis trois années. Vite, je l'ai remis en marche, et je vais m'en servir trois fois pour rattraper la moyenne défectueuse et pouvoir le conserver !

De même, avec l'arrivée du soleil, je me suis souvenue qu'il serait bon de ressortir mon gaufrier à cornets de glace. Lui aussi devra faire ses preuves pour entrer dans la bonne moyenne et avoir le privilège d'être conservé à domicile et ne pas être débarrassé avec les vieilleries.

J'ai pris la recette des cornets de Murat dans le livre "Recettes d'Auvergne" de Christiane Valat et Daniel Brugès

80 g de farine
80 g de sucre
2 blancs d'œufs
70 g de beurre
sel

Mettre la farine dans un saladier, puis le sucre et la pincée de sel.
Ajouter les blancs d'œufs fouettés (pour qu'ils forment une mousse, inutile de les battre en neige), et mélanger encore.
Faire fondre le beurre au bain-marie. L'additionner à l'appareil.
Beurrer une plaque allant au four. Former des petits tas avec la pâte à l'aide d'une cuillère à dessert. Veiller à les espacer suffisamment pour qu'ils ne se touchent pas lors de la cuisson.
Enfourner dans un four à 200°C. Dès que le tour des cornets comence à dorer, les sortir et les décoller de la plaque; Les rouler en forme de cônes, puis les poser sur des petits verres pour maintenir la forme. (S'ils durcissent trop vite, les remettre au four quelques secondes pour les ramollir et les remettre en forme).
Laisser refroidir. Les cornets peuvent être servis accompagnés de crème fouettée, de boules de glace, de compote, de fruits...


Au lieu de mettre la pâte sur une tôle, je me suis servie de mon gaufrier à cornet de glace. Une cuiller au milieu de l'appareil, on ferme, on met sur le feu, la pâte coule et s'étale dans tout l'espace.



Lorsque les deux faces sont cuites, je pose la gaufre sur une grille, je la tiens avec une manique, et à l'aide d'une fourchette, je la roule. Je fais tenir les bords avec une pince à linge, j'attends qu'elle refroidisse, et la dispose dans un plat. C'est tout, c'est facile.


 
Dans le reste de pâte, j'ai versé un peu de poudre d'amandes, et le résultat a été succulent. La prochaine fois, je les ferai toutes avec des amandes.


 
Logiquement, on remplit les cornets de Murat de crème fouettée. Nous avons préféré y glisser deux boules de glace !



C'était fête chez Alphonsine !


lundi 15 août 2011

Dans le corps d'une autre

Je me relève, attrape mon sac à main et regarde la foule qui m’entoure :
- Comment allez-vous ?
- Voulez-vous que nous appelions le SAMU ?
- Avez-vous mal quelque part ?
- Non, tout va bien, pourquoi ces questions ?
- Vous avez été renversée par une voiture, et votre tête a heurté le bord du trottoir. Etes-vous certaine que tout va bien ?
- Oui, absolument. Je vous remercie.
- Il vaudrait mieux vous faire examiner.
- En aucun cas, je vais très bien, merci.
- Alors, prenez au moins le numéro de la voiture qui s’est enfuie, il est noté sur ce papier.

Je fourre le papier dans mon sac en remerciant, et je fends la foule pour m’échapper. Je prends la première rue, au hasard. Brutalement, je m’arrête, saisie : « Où suis-je, où vais-je ? » Je suis prise d’une angoisse terrible lorsque la question suivante me submerge : « Qui suis-je ? » Je ne m’en souviens plus, je ne sais plus qui je suis, ni mon nom, ni mon adresse, je ne sais même pas comment je suis, je veux dire à quoi je ressemble. Je me tourne vers la vitrine située à ma droite, et je vois une jolie jeune femme brune, les cheveux tirés en chignon. Je suis seule sur le trottoir, ce doit donc être moi. Je lève la main vers mes cheveux, l’image fait de même. C’est donc moi. Je me fais l’impression d’avoir brutalement atterri dans le corps d’une autre personne, en ayant oublié qui je suis moi-même.

Vite, je cours vers l’endroit d’où je me suis relevée tout à l’heure, mais il n’y a plus aucun badaud. J’espérais tant qu’une des personnes pourrait m’aider en me donnant un renseignement qui me mette sur la voie… Je me tourne vers une vitrine, et je me contemple. J’essaye de « m’apprendre par cœur » pour me souvenir à quoi je ressemble. J’ai soif… C’est curieux comme on peut être terre à terre même dans les cas les plus terrifiants de son existence. Je me dirige vers une terrasse, je m’installe et je commande une bouteille d’eau. En sortant mon porte-monnaie de mon sac pour régler ma boisson, je contemple tout le fouillis de mon sac à main. Tant mieux, je vais certainement pouvoir découvrir des renseignements sur moi-même !

Tout en buvant, je fais l’inventaire : une petite pochette de maquillage. Je touche mes lèvres, mes yeux, je sors un petit miroir qui me confirme que je ne suis pas maquillée. Etrange, à moins que je n’ai mis cette pochette parce que j’ai quitté mon domicile précipitamment, et que je pensais me maquiller durant la journée ? Ce doit être ça. Mais dans ce cas, je pourrais avoir un rendez-vous urgent, je prends l’agenda, mais comme je ne connais pas la date du jour, je ne peux trouver le renseignement. Au moins, je sais que nous sommes en 2011. Je fais signe au serveur et lui demande si je peux avoir le journal du jour. Il me rapporte « Le Havre libre » daté du 5 juin 2011. Je fais semblant de le feuilleter, mais le replie rapidement pour me replonger dans mon agenda : la page est vide à cette date. Ouf…Je continue l’inventaire de mon sac à main : des clefs de voiture, d’appartement. Enfin, je trouve le portefeuille dans une poche latérale. Je l’ouvre fébrilement, je vais enfin savoir qui je suis : Anne-Lise Mirocourt. La carte d’identité est à renouveler depuis 5 années, mais je sais que j’ai 36  ans. Je regarde les photos de la carte d’identité et du permis de conduire. Les photos ne sont jamais vraiment ressemblantes, et forcément pas d’actualité. Elles ne m’apprennent donc rien de plus.

Tout au fond du sac, il y a une lettre. C’est moi qui ai dû l’écrire, puisque le timbre n’est pas oblitéré. Oui, c’est bien ça, il y a mon adresse au dos. Ouf, je vais pouvoir retrouver mon domicile, et donc des souvenirs, ma mémoire va revenir. De toute façon, les effets de ces chocs ne durent jamais bien longtemps, je vais rentrer, et bientôt je reprendrai mes esprits.

Je me lève, vacille : comment vais-je pouvoir retrouver ma route puisque je ne connais plus la ville ? J’avise un marchand de journaux. J’entre, choisis un plan de la ville, et comme si j’étais une touriste, je lui demande si je suis proche de l’adresse trouvée sur l’enveloppe. Très aimablement, il m’explique le trajet.

Tout en marchant, je réfléchis à ma situation. Et en passant devant une école, je ressens une véritable panique : et si je suis maman, si j’ai des enfants, ils vont à l’école, ils vont m’attendre à la sortie et je ne serai pas là pour les récupérer… Je cours vers mon appartement, me disant qu’il allait m’éclairer sur ma vie. Il n’est que dix heures et demi, j’ai le temps.

Je suis à présent devant mon immeuble. Je suis intimidée. Cette situation est si bouleversante. Cette impression d’être dans le corps d’une autre femme ne me quitte pas. Je me sens stupide, et j’ai peur d’entrer dans un intérieur qui ne m’est pas connu. C’est comme d’entrer chez quelqu’un d’autre en son absence. Tout en faisant glisser la clef dans la serrure, je lis les noms sur les boîtes aux lettres. Je trouve le mien. Deuxième étage. Je pénètre dans le hall. Pourvu qu’aucun voisin ne sorte et ne débute une conversation, je ne saurais comment réagir. Fort heureusement, il n’y a personne. Voilà la cage d’escalier (il y a moins de risque de rencontrer quelqu’un) et je monte en comptant les étages. J’y suis. Je suis à la fois impatiente et une retenue, la pudeur, me retient d’avancer. Il faut pourtant que j’y aille, ne serait-ce que pour savoir si des enfants m’attendent.

Le couloir est désert. Je lis les noms sur les sonnettes, et je trouve ma porte, j’entre. Ainsi, c’est chez moi. Je referme la porte derrière moi, et m’adosse contre elle, je laisse tomber mon sac, je glisse contre la porte et m’assied par terre. Je suis anéantie. Je ne reconnais rien. L’entrée est très spacieuse. Une armoire murale occupe tout le mur à côté de moi. En face, une jolie table surmontée d’une lampe, un peu de courrier, des piles de livres, un sac à main, un lainage. Une paire de sandalettes par terre. Je tourne la tête vers la droite : une cuisine. Tiens, la vaisselle du petit déjeuner est encore sur la table. J’ai dû être bien pressée ce matin. Un seul bol, c’est donc que je vis seule. Un soupir de soulagement sort des mes lèvres. A la fois, c’est rassurant, et à la fois c’est angoissant, il n’y aura personne pour m’aider.

En face de moi, le salon. Il est agréable avec ses rideaux fleuris, un canapé, deux fauteuils. Je me lève pour tout observer : une table dans un coin, recouverte d’une nappe assortie aux rideaux. Des livres sur une étagère courant le long du mur, des livres sur le canapé, sur la table, sur la table basse, sur le sol…

Je repasse dans l’entrée pour arriver à une petite pièce qui fait office de chambre à coucher : un lit étroit, des étagères remplies de livres sur tous les murs. Outre la salle de bain, il y a encore une grande pièce regorgeant de livres. Il y a même des étagères au milieu de la pièce, et tout juste de la place pour un bureau. Machinalement, je regarde les titres des livres : je n’en reconnais aucun.

Je retourne dans la cuisine, et tout en faisant la vaisselle, et en mettant de l’ordre, j’ouvre les placards et le frigo pour faire l’inventaire. Je me prépare un café, et je vais m’installer dans un fauteuil pour commencer à réfléchir avec méthode à mon aventure.

Donc, je m’appelle Anne-Lise Mirocourt, j’ai 36 ans, je vis seule, j’aime les livres. C’est peu. Comment vais-je faire pour compléter ces données ? Réfléchissons… Comme c’est difficile. Comme c’est curieux. Je ne me souviens plus qui je suis, ce que je fais dans la vie, où j’habite, mais je connais un certain nombre de choses : ma mémoire n’a évincé qu’une partie de mon savoir. Comment procéder pour découvrir ce qui me concerne ? Je peux trouver la réponse dans la mémoire de mon téléphone portable, dans mon ordinateur, je peux également examiner le courrier de l’entrée, fouiller dans mes tiroirs. Oui, c’est bien ainsi qu’il faut procéder.

Je me réveille deux heures plus tard. Je n’ai pas oublié les tâches à réaliser, et je me mets immédiatement à l’œuvre. J’ouvre systématiquement les tiroirs, j’essaye de connaître ma personnalité à travers les vêtements, la vaisselle, les objets qui m’entourent. L’ordinateur ne comporte pas de mot de passe. En lisant mes mails, je découvre que je suis critique littéraire. C’est ce qui explique les nombre de livres en ma possession. Et il me faut de toute urgence envoyer la critique du livre « La demoiselle en godilles » de Milène Artificier. Je cherche ce livre partout. Où peut-il bien être ? Je le découvre dans ma chambre à coucher. Je commence à lire, je m’accroche au sujet, il est bien tourné, il me plait. A présent, il faut écrire un commentaire. J’ai l’impression de n’avoir jamais fait cela de ma vie. Pourtant j’ai bien un avis, ce ne doit pas être si difficile. Je recherche dans les éléments envoyés de ma boîte à mails, je retrouve des articles de critiques de livres, et je m’inspire de la méthodologie. Voilà, mon texte est terminé. Je l’envoie, je peux respirer de soulagement.

Il est l’heure de dîner. Je me prépare un en-cas avec le contenu du frigo (il faudra que je pense à acheter des fruits), et je m’installe pour manger tout en consultant mon téléphone portable. Je commence par le carnet d’adresses. Je suis vraiment méthodique : pour chaque nom, j’ai noté la date d’anniversaire, et des détails pratiques. Voyons, qui pourrais-je appeler ? J’ouvre la rubrique « messagerie » puis « conversation ». Il y a différents interlocuteurs. L’un ou l’une d’eux me paraît plus proche. « Dominique Vertault ». J’hésite un court moment, puis je me lance et j’envoie un texto : « Bonjour, puis-je te voir, j’ai un petit souci »

La réponse ne se fait pas attendre : « Bien entendu, de quoi s’agit-il ? Veux-tu venir chez moi, ou préfères-tu que je vienne chez toi ? »
« Je crois qu’il serait préférable que tu viennes. J’ai eu un petit accident ce matin, je me suis cognée la tête sur le trottoir, et depuis j’ai des problèmes de mémoire. »
«  Ne bouge pas, j’arrive ».

Pendant cette attente, qui m’angoisse bien un peu, je dois l’avouer, je me mets à ranger ma cuisine. J’espère que j’ai frappé à la bonne porte, que Dominique est la personne qui pourra m’aider. Sur ces réflexions, on sonne. Je me dirige vers l’interphone : « oui ». Une voix d’homme me répond : « c’est Dominique ».

J’entrouvre la porte, il arrive. Je le fais entrer, il me dévisage. « Raconte-moi tout ». Je l’entraîne au salon, nous nous installons et je lui raconte tout ce dont je me souviens : les badauds qui m’ont relevé de ma chute, ma fuite pour leur échapper, mon affolement devant la perte de ma mémoire, comment j’ai retrouvé mon adresse, que j’ai pu envoyer à temps la critique du livre, et comment je l’ai choisi, lui, pour partager mon soucis.

Il reste tout un temps en silence. « Tu ne te souviens donc pas de moi ? » « Non, pas du tout ». « Tu as bien fait de me téléphoner, et de faire appel à moi. Je vais t’aider. Le plus simple est que tu restes bien tranquillement ici. Les pertes de mémoire après un choc sont normales, elles disparaissent en général après 24 ou 48 heures. Tu vas te coucher, bien dormir, et demain, je reviendrai. Surtout, ne répond pas au téléphone, n’ouvre pas ta porte. »

Dominique va chercher deux verres, nous discutons tranquillement du livre que je viens de lire, de choses et d’autres. Il me quitte, je suis apaisée, d’ici deux jours tout sera rentré dans l’ordre. Je vais me coucher.

Le lendemain matin, Dominique appelle comme convenu. Il me dit qu’il va prendre des renseignements chez un ami médecin à l’hôpital, et qu’il viendra me voir ensuite. Peu avant midi, il sonne. Il m’explique que vraisemblablement les choses vont suivre leur cour, que ma mémoire va revenir tout doucement, et que je ne dois m’inquiéter sous aucun prétexte. Il me propose d’aller me promener sur la plage : « Le temps est si beau, ce serait dommage de rester enfermée. Et peut-être reconnaîtras-tu certaines choses qui te mettront sur la voie et te permettront de retrouver ta mémoire plus rapidement. Souvent un choc émotionnel aide à précipiter les événements. »

Nous sortons et marchons en direction de la mer. Nous passons à côté d’une magnifique librairie. « Tiens, ils ont changé la vitrine de La Galerne ». Je m’arrête, saisie, je me suis souvenue du nom de la librairie ! Incroyable ! Dominique sourit et m’encourage à poursuivre. Nous contournons le pot de yaourt, c’est moi qui ai indiqué la direction ! Nous arrivons au port de plaisance, et bientôt nous sommes sur la plage de galets. Dominique est vraiment sympathique. Il est un réel soutien, se charge de la conversation avec beaucoup de délicatesse pour que je ne me sente pas handicapée. Comme la marée est basse, nous poursuivons notre promenade sur le sable. Il y a peu de monde, malgré le beau soleil. Au loin, un père se promène avec ses enfants. Ils sont nombreux, cinq, non six. Ils viennent dans notre direction. Il me regarde avec insistance, ses enfants courent dans tous les sens. Tout à coup, l’un d’eux hurle « maman » et courre de toute la vitesse de ses petites jambes. Je me retourne pour chercher sa maman du regard, mais je ne vois personne. Dominique s’est éloigné, et je me sens entourée de six enfants criant : « maman, ma maman à moi ».

Je les regarde interloqués, je commence à saisir, je regarde leur père, Dominique, les têtes autour de moi, et brutalement, il se fait comme une grande déchirure dans mon cerveau : le brouillard qui l’obstruait depuis la veille se lève d’un coup. Je suis Virginie Plaideau, je suis mariée avec un homme exceptionnel, j’ai six enfants. Mon mari vient à temps pour me prendre dans ses bras, l’émotion est trop forte.

« Dominique est le fiancé d’Anne-Lise Mirocourt. Elle a été hospitalisée sans connaissance sous ton nom, parce que vos sacs à main ont été intervertis. »