Des nœuds dans mon fil

jeudi 19 novembre 2015

Petit bateau deviendra grand

J'ai, parmi mes fils, un garçon qui est particulièrement attaché à réaliser des expériences personnelles. Certaines se renouvellent très souvent, comme par exemple de déposer délicatement un peu de sauce tomate au milieu d'un polo blanc pour vérifier que la tâche est toujours indélébile, ou encore de placer le bec verseur d'une cruche à côté d'un verre pour vérifier que l'eau s'écoule dans le verre (ou pas, mais sa surprise est toujours aussi grande), ou encore de garder le dos rond à table pour constater que décidemment maman Alphonsine a l'œil sourcilleux des bonnes tenues... Bref, Ambroise est un garçon testeur.
 
Sa dernière idée était assez géniale, ce qui m'oblige à vous en faire part. C'est comme ça. On ne peut pas déroger à une obligation.
 
Ambroise a pris une feuille A4 pour en faire un bateau. Ensuite il s'est demandé quelle serait la taille de son bateau s'il prenait 16 feuilles A4 qu'il collerait une à une. Et puis, l'expérience n'étant pas complète, il a essayé avec 84 feuilles. Je crois savoir pourquoi il n'a pas essayé avec une feuille composée de 168 feuilles A4 : il ne manquait pas de feuilles (j'ai une sœur qui nous fournit allègrement de tout le papier de brouillon dont nous avons besoin), il manquait de scotch.
 
Le "Cap Itaine" a été créé à l'aide d'une feuille.
 
 
Le "Commant d'En" a été créé à l'aide de 16 feuilles.
 
 
Le "Sers Jean" a été créé à l'aide de 84 feuilles. (sur la photo la feuille composée de 84 feuilles de format A4).
 
 
 
Résultat de l'expérience :
 
 
 
 Pour vous donner une idée de l'échelle, rappelez-vous que le plus petit bateau a été plié dans une feuille A4. Il paraît minuscule, mais ce n'est pas le cas.

 
 
 
 
 
Conclusion de l'expérience :
 
- Les bateaux sont sympas.
- Ambroise s'est occupé durant une grande partie de son temps libre.
- Il a pu constater que le bateau plié à l'aide de la planche de 84 feuilles était particulièrement grand, et qu'il manquait d'équilibre.
- Il a été surpris de voir à quelle vitesse un rouleau de scotch pouvait se vider...

jeudi 5 novembre 2015

Moleskine (10) : Agenda

 
 
Je suis Moleskine-agenda, vous ne me connaissez que par Moleskine-carnet à couverture rigide et à papier non ligné. Le malheureux, il ne se porte pas bien du tout, pire encore, il ne décolère plus, il est mortellement jaloux de moi, il a l’impression d’avoir été relégué en second plan dans le cœur d’Alphonsine. J’ai beau lui expliquer que ce n’est pas vrai du tout, il se refuse à entendre que notre chère propriétaire garde toute son affection pour son premier né. Il est vrai qu’avec sa famille et ses études, Alphonsine n’a plus le temps d’ouvrir mon cousin pour y aligner ses mots et ses lignes. Il est rangé sur une étagère et ne bouge plus. Lui qui aimait tellement se promener dans le sac à main de sa maîtresse, il se désespère.
Pour ma part, je suis heureux. J’ai pris place dans un sac de cours et je me balade partout. Alphonsine note ses rendez-vous, bien entendu, sur les pages de gauche, mais également tout ce qu’elle a à faire sur les pages de droite : cours à préparer, devoirs à rendre, adresses des rendez-vous. Elle y colle les cartes de visite indispensables, les billets de train pris en avance, je détiens son carnet d’adresse. Mes pages se noircissent, non de jolies histoires comme chez mon cousin, mais de quoi reconstituer une jolie histoire : celle d’Alphonsine. Elle se sert aussi de stylos de couleurs pour mettre en relief des choses vraiment importantes. Oserais-je confier qu’elle a même trouvé des gommettes et qu’elle s’amuse à s’en servir ?

A ce sujet, l'autre jour, elle venait d'acheter ses gommettes. Elle s'est rendue à une conférence obligatoire dans le cadre de ses cours. C'était amusant : elle s'est assise au dernier rang pour pouvoir s'occuper ! J'ai été très fier lorsqu'elle a jeté son dévolu sur moi : elle a commencé par gommer tout ce qui était écrit au crayon, en recopiant ces notes à l'encre. Tout cela n'aurait pas été dramatique, mais en gommant (avec énergie), elle faisait trembler la table et agaçait ses voisins. Puis elle a pris ses gommettes et les a collées selon un artifice qui lui était propre sur certaines de mes pages. Elle a admiré son travail et a tout rangé : la conférence avait pris fin. Elle a voulu poser une question provocante pour mettre un peu de piment dans le monologue terne du conférencier, mais son voisin l'en a dissuadée parce qu'il était déjà midi et qu'il avait faim ! Devant un tel argument, personne ne peut résister, même pas Alphonsine !

 

dimanche 1 novembre 2015

La transhumance

Quelle épopée, celle de faire les bagages, de les déballer, de les remballer et de les remettre à leur place. J'ai horreur de cette phase douloureuse. On se trouve avec un tas impressionnant de choses indispensables complètement inutiles.
 
Dans la famille d'Alphonsine, il y a un rituel immuable lors de nos voyages vers la France. Aller de sa maison à sa maison, c'est une épreuve de force pour mon pauvre mari !
 
Monsieur Alphonse prévient la maisonnée : "A 10 heures au plus tard, tous les bagages seront placés derrière la voiture". A 10 heures, il pousse un grand cri expiratoire : "Mais jamais on ne pourra mettre tout cela dans la voiture, même le coffre de toit n'y suffira pas. Qu'est-ce que c'est ça ? ... des playmobils ? Mais tu n'en as pas assez là-bas ? Tu as besoin de ceux-ci spécialement ? Et ça ? Non, on n'emportera pas ta plante verte. Faut-il vraiment........... "
 
A 10 heures 20, Monsieur Alphonse voit le tas diminuer, et d'un coup, il voit apparaître des sacs qui n'étaient pas au garde à vous à 10 heures. "Qui vient de mettre ce sac ?" Je vous épargne les détails de la négociation, et il finit par trouver une place au sac insoumis. Mais bientôt un autre vient prendre sa place.
 
Après de nombreux préparatifs de ce genre, j'ai fini par prendre les enfants à part : "Vous serez prêts à temps avec vos affaires. Et s'il y a un souci, venez me voir, je m'en occuperai, mais surtout ne vous avisez pas de poser vous-même un sac au-delà du temps imparti, parce qu'alors je ne réponds de rien."
 
Résultat, les enfants se montrent un peu plus disciplinés, Monsieur Alphonse s'exclame toujours autant devant la montagne de bagages, je négocie âprement le sac retardataire, il finit par trouver de la place pour chaque chose, et au final, même les enfants ont leur place dans la voiture.
 
Ouf, nous sommes bien partis, nous sommes bien rentrés...