Des nœuds dans mon fil

mercredi 31 août 2016

Voyage virtuel en Scandinavie

J'ai souvent parlé de mes voyages virtuels sur mon blog, je n'en ai jamais fait de billet. Je profite d'un article écrit pour le magazine Zélie pour retranscrire ici notre voyage scandinave avec tous les détails, jour après jour. Nous l'avons fait en 2010.

Habituellement, je propose un voyage virtuel pendant les vacances de février : le temps n’est pas toujours clément, et les enfants ne peuvent passer leurs journées à jouer à l’extérieur. C’est un bon moyen de les occuper et de leur ouvrir l’esprit !

Le concept du voyage virtuel est très facile, très agréable, et convient à toute personne et à tout âge. Mais comme pour tout voyage, il faut s’y prendre à l’avance, environ un mois, pour être fin prêt le jour J.

Nous choisissons notre lieu de destination en famille, mais je garde le privilège de la destination finale, parce que c’est moi qui cuisine ! La majorité souhaitait partir en Grèce, mais les légumes d’été ne sont pas faciles à trouver au mois de février. Malgré les contestations, j’ai opté pour la Scandinavie.


La tâche suivante consiste à regrouper les éléments matériels du voyage
-    des DVD de reportages
-    des livres comportant de nombreuses photos
-    des livres de contes nordiques
-    des recettes nordiques
-    une carte routière

Ce voyage étant le 4ème (après le Mexique, la Russie et l’Inde), je sais à présent où trouver ce dont j’ai besoin.
 
 
Une promenade chez un bouquiniste, ou mieux, chez Emmaüs permet de chiner des beaux livres sur les différents pays. Pour 10 euros, j’ai fait l’acquisition de magnifiques livres de voyages, comportant de grandes photos faisant rêver, un livre de cuisine « La cuisine scandinave » (SAEP) ainsi que des livres de contes (d’Andersen).
 
 

Pour les DVD, j’écume Internet pour trouver des DVD de reportages. Selon les sites, les frais de port sont gratuits et livrés directement dans la boîte aux lettres. J’ai choisi trois DVD concernant respectivement la Norvège, la Suède et la Finlande. Il n’existe malheureusement aucun reportage sur le Danemark. La carte routière a été commandée sur le même site.
 
 
 
Je fais ensuite des recherches approfondies sur les pays que nous allons visiter, et je prépare des questionnaires pour les enfants. Je leur donne une des feuilles le matin, et ils ont la journée pour faire des recherches dans leurs livres ou dans les documents que je leur donnerai. Ainsi, je peux espérer avoir une conversation intelligente le soir au dîner.

Grâce à Marmiton et à son stock de recettes, je glane les recettes scandinaves. Le moteur de recherche est bien fait, je prends note d’une trentaine de recettes alléchantes. Je complète ensuite avec mes livres de cuisine (également glanés pour une grande part chez Emmaüs) ou d’autres sites spécialisés en cuisine scandinave.
 
Je recopie les recettes que j’envisage de réaliser, et je les range dans un classeur. Puis je note les ingrédients dont j’aurai besoin, et je classe les recettes selon qu’elles nécessitent des produits frais ou non. Je me dresse ainsi une liste de menus pour la semaine. Il faut assurer les déjeuners et les dîners, les petits déjeuners restant traditionnels.

Le grand jour approche, il s’agit de faire les courses. Il y aura beaucoup de poisson, spécialement du poisson fumé ou salé : hareng, haddock, morue… J’ai ajouté de la viande hachée pour les boulettes, des myrtilles et des airelles pour les desserts. Dans le prix du voyage, je ne compte pas le prix des repas, puisque le coût ne diffère pas du coût habituel.

Nous sommes à la veille de partir. Lorsque les enfants sont couchés, j’accroche la carte routière dans la salle à manger et je pose sur la table du salon tous les livres de voyages que j’ai chinés. Ainsi, les enfants pourront les feuilleter à loisir.
 
 
 
        
Ça y est, nous y sommes, le voyage a commencé. Les enfants attendent avec plus d’impatience que de coutume l’heure du déjeuner ou du dîner. Ils sont curieux de savoir ce qui bout dans la marmite !

Premier jour :

J’ai trouvé un immense saumon (4,100 kg). Je n’arrive pas à me décider à le couper en darnes, ce serait dommage. Je cherche donc ma grande poissonnière, et je choisis de le cuire au court-bouillon et de le servir en entier sur la table.
 
Que d’exclamations ! Je dois freiner les appétits si je veux pouvoir garder la moitié pour accommoder un autre repas.
 


Pour accompagner ce plat, je prépare les pommes de terre à la suédoise.
 
 
 
Deuxième jour :

Aujourd’hui, je propose des merlus. Et comme le poisson entier a eu du succès, je reprends le même mode de cuisson que la veille. Cette fois les enfants apprennent à enlever la peau et la chair sans détacher les arêtes ! Et ils se précipitent sur les joues, ayant compris que c’était là le morceau le plus délicat !

Oui, je sais, le merlu n’est pas un poisson de mer froide… mais il n’y avait pas plus de merlan. Je n’ai rien avoué à ma tribu… et j’ai oublié de faire la photo. Mais il suffit de se reporter à la photo du saumon au court-bouillon, de l’imaginer plus maigre et plus petit et de lui mettre une tête de merlu !

J’ai fait un roux avec le bouillon du poisson, et ajouté un peu de crème. La sauce était parfaite.
 
 
Troisième jour :

Assez de poisson… nous passons aux
boulettes à la suédoise.
 
Les boulettes sont fondantes. J’étais dubitative à l’idée de mettre de la pomme de terre cuite, mais elle fait vraiment la différence. A titre de précaution, j’ai doublé les quantités. J’ai bien fait, nous aurons un autre repas de boulettes.

J’ai accompagné les boulettes de carottes cuites (oignon revenu, carottes en rondelles, une cuillerée de farine, sel et un verre d’eau. Lorsque l’eau bout je baisse le feu). Et j’ai ajouté une sauce au poivre pour compléter le plat.

En guise de goûter, j’ai essayé les
gâteaux suédois :
 

 
 
A vos casseroles ! Il faut les essayer de toute urgence. Les miens se sont aplatis de façon lamentable, mais le goût a fait passer l’esthétisme. Quel régal !
 
 
Quatrième jour :
 
J’ai adapté la terrine de saumon façon scandinave :

 
Les enfants gourmands avaient dévoré tout le merlu, j’avais oublié de me réserver deux filets. Le saumon était déjà cuit, mais qu’à cela ne tienne… J’ai émietté le saumon cuit, supprimé le merlan et le jaune d’œuf, et mixé le tout en réservant des morceaux de chair que j’ai mis entre les couches. C’était excellent, le goût délicat des airelles est somptueux avec le saumon.

J’ai servi cette terrine avec une
sauce nordique :
Cette sauce se marie parfaitement avec le saumon. J’ai simplement remplacé le tabasco par un peu de raifort.
 
Cinquième jour : Il est temps de ressortir les boulettes de viande. Pour changer, j’ai fait du pain polaire, et j’ai servi les boulettes avec le pain, du ketchup, et des gros cornichons doux. Le concept a bien plu aux enfants.

 
Ces pains sont vraiment très bons. J’ai essayé de les faire cuire sans couvercle, mais ils gonflent mieux avec le couvercle. J’ai beaucoup aimé le délicat goût de seigle.

Ce soir, je vais changer mes habitudes. Pour l’instant, nous avons toujours mangé de la soupe aux légumes suivie de pommes de terre en robe des champs et de harengs fumé ou à l’huile. Personne ne s’en lasse, mais je leur réserve une surprise avec le dîner.

Je prévois de faire des canapés scandinaves. Nous les préparons en début de soirée. J’ai décongelé un pain de mie maison, coupé en tranches, tartiné de beurre, puis recouvert de différentes sortes d’ingrédients avant de les couper en quatre.
-    anchois, rondelle de concombre
-    saumon fumé
-    avocat, crevettes
-    œufs de lumps
-    œufs de saumon
-    saumon cuit (mon reste de terrine de la veille)
-    œufs durs émiettés, radis
Pour commencer, chacun a eu un assortiment sur son assiette, puis, après avoir pu goûter de tout, nous avons pris dans les plats ce que nous préférions.


 

 
 
Comme dessert, j’ai testé le gâteau aux pommes. Facile à faire, il m’a déjà semblé sympathique. Lorsque l’odeur de la cuisson est arrivée à mes narines, j’étais subjuguée. Il a fallu patienter jusqu’au soir pour le déguster. Quel supplice !
 
 

 
 
Sixième jour :
 
Aujourd’hui, nous avons fait notre pain. C’est une activité qui nous prend 6 heures. J’ai donc choisi de faire des desserts Scandinaves que j’ai fait cuire dans le four à pain. Voilà le résultat de notre fournée :

 
Les boules suédoises ressemblent plus à des escargots qu’à des boules. Il faut bien replier l’extrémité de la pâte sous la brioche pour que le centre se surélève et donne l’aspect bien suédois des boules.

 
 
J’ai également préparé des tartes aux myrtilles. Une pâte sablée, une fine couche d’amandes en poudre, des myrtilles et un flan (crème, œuf, sucre). Un régal.
 
 

Septième jour :
 
J’essaye le gratin de morue aux pommes de terre. Voilà déjà deux jours que j’ai commencé à dessaler la morue. La recette est tirée du livre «Recettes scandinaves » édité aux éditions SAEP.

Gratin de morue aux pommes de terre :

Dessalage : 24 heures
Préparation : 50 mn
Cuisson : 35 mn
Pour 4 personnes (j’ai doublé les quantités) :

1,2 kg de morue
5 cl vinaigre
30 g beurre
30 g farine
3 dl lait
1 dl crème
sel, poivre, muscade
400 g pommes de terre
80 g chapelure

Mettre la morue à dessaler 24 heures.
Eplucher et cuire les pommes de terre à l’eau salée. Les écraser en ajoutant la crème.
Confectionner une sauce béchamel avec le beurre, la farine et le lait.
Placer le poisson dans un récipient de cuisson. Recouvrir d’eau froide additionnée de vinaigre. Cuire à frémissement 15 à 20 minutes. Egoutter la morue et retirer les peaux et les arêtes. Emietter très légèrement les chairs.
Dans un grand plat à gratin beurré, disposer la purée, répartir le poisson puis napper de béchamel. Saupoudrer de chapelure. Passer au four pour gratiner.
Ce plat que j'hésitais à faire s'est révélé délicieux. Un ami, invité ce jour, s'est copieusement resservi, suivi de près par mon mari et mes enfants !
 
 
En dessert, nous avons goûté la tarte aux myrtilles qui nous a subjugués. La cuisson au four à pain change tout, les tartes sont tout simplement meilleures.
 
 
Huitième jour :
 
Les boulettes de morue me tentent bien, et vont me permettre d’utiliser le (petit) reste de la veille.


Comme ce reste ne suffira pas pour 8 personnes, je teste les Spenetplätter ou galettes aux épinards (recette tirée du livre «Recettes Scandinaves» chez SAEP.

Spenetplätter :

Préparation : 50 mn
Cuisson : 1 heure 20
Pour 4 personnes

1 kg d’épinards
500 g de pommes de terre cuites
3 jaunes d’œufs
100 g beurre
80 g farine
2 œufs
200 g chapelure

Faire étuver les épinards dans 40 g de beurre jusqu’à complète évaporation.
Dessécher la purée sur le feu, ajouter les jaunes d’œufs et 60 g de beurre, puis les épinards et l’assaisonnement.
Façonner des boulettes de la taille d’une clémentine, les aplatir, les paner et les frire.

J’ai bien aimé ces galettes. La prochaine fois, je mettrai du poivre et de la noix de muscade pour relever le goût.
 

Neuvième jour :
 
Aujourd’hui, tout le monde se sent le cœur en fête : j’ai promis de concocter des hamburgers norvégiens.
Je commence par les
buns

 
 
Ensuite, je prépare des raviers avec les ingrédients : tomates en tranches, sauce, concombre en tranches, salade émincée, tarama (je n’ai pas trouvé de rillettes de saumon) et bien sûr, le saumon fumé. A table, je donne les consigne : « il faut couper le pain, tartiner de tarama, poser des rondelles de tomate, de la salade, du saumon, une cuillerée de sauce, des rondelles de concombre. Puis recouvrir de pain, et croquer… »
 
 
C’est vraiment délicieux. Les ingrédients sont harmonieux, frais, et … seule critique : les enfants auraient aimé des frites pour faire plus vrai !
 
 
Dixième jour :
 
Je vais tenter une spécialité suédoise : le Länkäl, du chou vert au jambon, tiré du livre « Cuisine Scandinave » (SAEP)
 

 
Préparation : 30minutes
Cuisson : 40 minutes
Pour 6 personnes

2 kg de chou vert
1 l de bouillon de viande
40 g de saindoux
2 dl de crème fraîche
200 g jambon blanc coupé en dés

Faire blanchir les feuilles de chou (sans les côtes) dans le bouillon. Les égoutter et les hacher.
Faire chauffer le saindoux. Ajouter le chou et la crème, sel et poivre. Faire cuire doucement. Ajouter le jambon.
Servir très chaud accompagné de pain grillé.

C’est un plat très simple, mais vraiment goûteux. Il se réchauffe bien aussi. La prochaine fois, j’ajouterai de la noix de muscade.

En dessert, je propose le
gâteau aux pommes scandinave :


En  fait, je le prépare avec des poires (parce que je dois impérativement les consommer), et nous nous régalons.
 
 
Onzième jour :
 
Pour ce dernier jour nous allons tester le haddock rôti à la sauce aux œufsCuisine Scandinave » SAEP)

Préparation : 20 minutes (et trempage 2 heures)
Cuisson : 20 minutes
Pour 4 personnes

500 g haddock trompés pendant 2 h dans du lait froid
60 g beurre
25 g farine
3 dl lait
sel, poivre, muscade
2 œufs durs hachés
2 c. s. persil
jus d’1/2 citron

Poser le poisson égoutté dans un plat ; Arroser de 30 g de beurre fondu.
Enfourner 10 à 12 minutes dans un four préchauffé à 200°C.
Faire une béchamel avec le reste de beurre, la farine et le lait. Assaisonner, ajouter les œufs durs, le citron et le persil.
Servir le poisson avec la sauce, et proposer des pdt en accompagnement.
 



Le verdict a été très satisfaisant… le poisson aurait été meilleur si j’avais pensé à temps à le faire tremper dans du lait ! Et je l’ai servi avec du riz. Je garderai également cette recette dans mes tablettes !

Nous voici arrivés au terme de notre voyage. Nous réintégrons notre Alsace natale en gardant en mémoire toutes les images des régions visitées, et des saveurs découvertes.  Nous avons vécu dans l’enthousiasme toutes ces journées, et nous étions tellement pris par notre voyage que nous avons vraiment l’impression d’atterrir dans notre maison !

Il ne reste plus qu’à passer au vote final. A la question : « Quel plat avez-vous préféré ? » je n’ai pu avoir aucune réponse. C’est peut-être le gros saumon cuit au court-bouillon qui a eu la préférence. Il était vraiment spectaculaire. Et la tarte aux myrtilles a fait l’unanimité en matière de dessert.
   
Pour la petite histoire, mes questionnaires n’ont pas eu beaucoup de succès : les Jeux Olympiques d’hiver sont venus perturber le bon déroulement du voyage tel que je l’avais imaginé. Mais il faut être souple, c’est le secret d’une bonne harmonie. Alors, ai-je le regret de n’avoir pas eu l’idée de me rendre au Canada ? Même pas… nous étions si bien en Scandinavie !
 

mardi 30 août 2016

Dans les Vosges : le tissage (1)

Pour rompre la monotonie du travail du torchis, nous avions choisi de faire un excursion dans les Vosges, dans le secteur de Gérardmer.
 
Nous avons commencé par le Musée du textile des Vosges (8 chemin Vieille route, Col d'Oderen, 88310 Ventron). La visite est absolument passionnante. Les visiteurs commencent seuls, puis, lorsqu'il y a une dizaine de personnes (deux familles), la personne qui tient la caisse rejoint les visiteurs pour faire une visite guidée. Elle nous a expliqué les raisons de l'installation des filatures dans les Vosges (l'eau faisait tourner les turbines), les modes de vie, le travail (des enfants dès 7 ans), les conditions de sécurité (très faibles).
 
Ensuite, passant de machine en machine, et les faisant fonctionner devant nous, elle nous a montré le trajet effectué par une balle de coton pressée jusqu'au fil de couture. Elle nous a donné une mèche de coton et nous a montré comment, en l'étirant et le faisant tourner dans les doigts, une mèche de 15 cm devient un fil régulier et solide de 2 mètres !
 
Le premier étage regroupe les métiers à tisser. Bien entendu, d'abord le métier en bois, puis les métiers mécaniques, y compris les métiers à tisser le jacquard.
 
Enfin, au dernier étage, nous avons pu essayer les différents métiers à tisser mis à disposition, et vu comment on tisse de la ficelle.
 
Nous avions déjà visité ce musée il y a 14 ans alors que j'étais enceinte d'Augustin. Les enfants ont vu (ou revu) ce musée avec plaisir, et comme il y a 14 ans, nous leur avons offert à chacun 5 mètres de ficelle. Certains d'entre eux ont donc à présent deux morceaux de ficelle. Vous ne pouvez imaginer tout ce qu'un enfant peut faire avec un morceau de ficelle...


 
 
(à suivre)

lundi 29 août 2016

Au bord de l'eau

Avec cet été qui joue les prolongations pour notre plus grande joie, prendre la direction du lac a suscité un enthousiasme fantastique.
 
En fin d'après-midi, j'ai apprêté une salade de riz, emballé des assiettes, des fourchettes et des gobelets, chacun a pris son maillot de bain, sa serviette et un livre, et hop, en voiture pour le lac de la Gruyère.
 
L'eau était délicieuse, la salade succulente, la vue splendide, c'était le dernier sursaut des vacances avant la rentrée de ce matin (en fait Augustin a débuté jeudi déjà).
 



 
Bonne rentrée à tous !
 
 

mercredi 24 août 2016

La comtesse de Ségur enfin comprise

Dans mon enfance, j'ai lu tous les livres de la comtesse de Ségur. Je les ai même lus et relus plusieurs fois. Cette vie de château me faisait rêver, ces enfants éduqués par une bonne me laissaient songeuse, mais je crois que ce que j'aimais par-dessous tout, c'étaient les visites à la ferme avec le bon lait crémeux bu au pis de la vache (ou presque), les fruits dégoulinants de jus sucré, et les murs blanchis à la chaux.
 
Mon dictionnaire m'informait soigneusement au sujet de la chaux : c'est une poudre de calcaire. Malheureusement il ne me disait rien sur la façon de badigeonner les murs à la chaux pour les blanchir.
 
Mais voilà qu'avec les travaux dans notre vieille maison, nous avons décidé d'utiliser les méthodes ancestrales pour peindre nos murs. J'ai appris ce qu'est la chaux, j'ai vu une usine de chaux, je sais ce qu'est la chaux vive, la chaux éteinte et la chaux hydraulique. Par conséquent, je peux affirmer sans me tromper que tomber dans de la chaux (ce qui est arrivé à un personnage de la comtesse de Ségur) est une catastrophe.
 
Après avoir posé le torchis, il a fallu passer les murs à la chaux. Ce badigeon (gris) se fabrique à l'aide de chaux vive mélangée avec de l'eau dans des proportions calculées . On le passe sur les murs, en séchant il blanchit. Et voilà percé le secret du mur blanchi à la chaux !
 
C'est une sous-couche, j'appliquerai ensuite une peinture à la chaux contenant des pigments. Ma cuisine sera jaune citron. J'ai dit. En attendant, des photos pour illustrer mon billet :
 
Pièce dont le plafond de torchis a été descendu. Le torchis au sol m'a permis de remonter les murs et de colmater les trous autour des fenêtres et dans les murs existants. Nous avons recouvert le torchis pour le protéger des morceaux de plâtre qui le rendraient impropre à l'utilisation.

Chaux vive

On verse de l'eau sur la chaux en remuant



Chaux prête à l'emploi


Pièce prête à être peinte, après un mois de travail.
 
 
 

vendredi 19 août 2016

Le torchis (2)

Une fois le torchis prêt, il faut le poser...
 
En Alsace, les poutres sont creusées en leur milieu pour créer une goulotte. On prend ensuite des morceaux de bois (appelés palissons) que l'on taille aux extrémités pour les faire entrer dans les goulottes. On les pousse en place à coups de marteau. Le plus difficile est de faire entrer la dernière pièce.
 
Le torchis se pose en trois épaisseurs, et se travaille de part et d'autre du mur, toujours du bas vers le haut. La première couche s'applique en la poussant dans les interstices, et la faisant coller au bois. Je travaille par tranches de 10 cm, puis je passe à l'autre côté. Je fais de gros trous avec mes doigts pour bien faire adhérer la terre aux palissons. La deuxième couche est moins irrégulière, et je profite de la troisième pour lisser le tout à la main.
 
C'est un travail très agréable à faire. Très long aussi.
 
L'avantage, c'est que la terre se glisse partout, bouche tout, permet tout. Je voulais insérer une tête de renard et une tête de poule dans le haut du mur, mais Monsieur Alphonse n'a rien compris à mon histoire de "renard qui essayerait d'attraper la poule, mais ne le pourrait pas, parce qu'il serait pris dans la terre, mais que peut-être une nuit il arriverait à se libérer, et qu'on ne le remarquerait qu'au matin". J'ai donc abandonné (provisoirement) l'idée.
 
Dans les travaux, nous avons définitivement perdu le magnifique papier peint couleur Sépia représentant des fables de La Fontaine. Je vous donne ici un aperçu du mur que nous regrettons déjà !!! 

 
 

 







 


mardi 16 août 2016

L'aura-t-elle ?


- Vous dites que vous êtes bilingue français-allemand ?
- C'est exact.
- Nous allons donc poursuivre cet entretien en allemand.

Depuis dix minutes, Ernestine, qui a répondu à une proposition d'entretien d'embauche chez Esprit, se donne totalement à cet exercice difficile. Elle VEUT absolument décrocher ce poste dans le magasin d'habillement. Il faut parler le français, et avoir d'excellentes connaissances en allemand. Pour l'instant il n'y a pas de difficulté particulière. La DRH assise devant elle lui propose à présent un jeu : Ernestine va devoir jouer le rôle de la vendeuse, l'examinatrice celui de l'acheteuse insupportable, le tout en allemand.

Ernestine est sûre d'elle, elle possède parfaitement le vocabulaire de la mode, les couleurs, les formes, les noms des vêtements... Elle n'avouera pas à son interlocutrice que son passe-temps favori consiste à  surfer sur les sites de mode, particulièrement sur celui d'Esprit. Elle procède toujours de la même façon : elle se connecte sur la page "accueil", choisit sa langue, et clique dans un ordre logique tous les liens proposés. Elle connaît parfaitement tous les articles proposés, les choix de couleurs pour chaque vêtement, leur prix, les tailles.

C'est ainsi qu'elle peut conseiller utilement la DRH, lui proposer d'assortir le pantalon stretch décontracté "brown grey" avec le manteau en laine mélangée "sand". Elle lui parle longuement des nouveautés, des montres, des sacs et accessoires, finalement elle lui propose dans un éclat de rire d'assortir ses vêtements aux rideaux vendus dans la même boutique.

Brusquement, la DRH l'interrompt : "Ca suffit comme ça". Ernestine est troublée, aurait-elle dépassé les limites autorisées ?... "Je vous engage. Quand pouvez-vous commencer ?"
 

mardi 9 août 2016

Le passeport périmé (complet)

Episode 1 :

 « Mon passeport est périmé ? Vous êtes sûr ? Ce n’est pas possible, il a moins de dix ans. Vérifiez, j’ai raison, regardez, il est de 2008.

- Non Madame, il est de 2003.

- Mais laissez-moi passer, je suis avec ce groupe.

- Impossible, vous ne pouvez pas passer, il faut rentrer chez vous.

- Faites quelque chose, dites-moi comment je peux faire pour partir.

- Il n’y a pas de solution, et mettez-vous de côté, avec tous les soucis techniques nous avons pris du retard.

 J’eus beau discuter, insister, solliciter, rien n’y fit. J’étais encore en train de négocier que l’avion décollait. Et comme j’avais pris un billet de groupe, il était impossible de décaler mon vol. Je me trouvai totalement désappointée lorsque je m’aperçus que tout mon groupe était parti sans moi, indifférent à mes soucis. Pourtant c’est moi qui avais tout organisé pour notre bande d’amis.

 Je me trouvai dans un immense hall d’aéroport, la valise à mes pieds, mon passeport à la main. Je regardai incrédule les horaires de départ défiler sous mes yeux. Je ne sais combien de temps je restai ainsi, immobile, mais d’un coup, dans ce hall devenu désert, je fus violemment bousculée par deux jeunes filles. Je ne les avais pas vues venir. Elles me prirent toutes deux par un bras et me dirent : « Allez, vite, nous allons être en retard ». Je n’eus que le temps de dégager un bras pour saisir la poignée de ma valise. Je fus littéralement emportée dans leur mouvement.

 Episode 2 :

Nous passâmes par une petite porte, courûmes à travers des couloirs immenses, descendîmes des escaliers et en montâmes d’autres et nous arrêtâmes soudain devant une porte vitrée donnant sur la piste. Nous n’eûmes pas longtemps à attendre, j’eus juste le temps de reprendre haleine quand un homme s’arrêta, au volant d’une voiture. Il nous fit signe de monter. Nous lançâmes nos valises dans le coffre, et nous assîmes. Le véhicule bondit sur le tarmac et nous emporta vers un hangar. Entretemps, j’avais eu le temps de reprendre mes esprits : « Où allons-nous ? » La jeune fille assise à côté de moi se mit à rire, mais ne répondit pas. Avais-je dit quelque chose de drôle ? De toute façon, nous étions arrivés. On m’entraîna dans l’avion dont le moteur tournait déjà, pendant que l’homme se chargeait d’arrimer nos bagages dans la soute. L’avion s’engagea sur la piste. Il était inutile d’envisager une conversation, le moteur de l’appareil était bien trop bruyant.

 Je le regardai faire demi-tour en bout de piste. J’ai toujours aimé les décollages. Cette sensation d’être suspendue dans l’air et porté par lui était sans cesse un nouveau bonheur. Nous montions vite. L’avion traversa les nuages et vola sous le soleil. J’étais éblouie. Je fermai les yeux. J’eus brusquement un éclair de lucidité : je venais de me faire enlever, mais pour quelle destination ? Rome ?

 Episode 3 :

J'étais installée sur la banquette arrière, une des jeunes filles était assise à côté du pilote, l'autre à côté de moi. J'essayai d'entrer en communication avec elle, mais elle n'écoutait pas, et de toute façon le bruit de l'avion aurait couvert mes questions. Je me retournai : derrière le dossier, on avait un accès direct à la soute. Il n'y avait que nos bagages. Pourtant, ce sac ? Se pourrait-il que ce soit un parachute ? Mais à quoi bon ? Je doutai qu'on me laisse déballer ce truc, et ensuite, je sauterais par où ? Et puis comment, je ne savais pas me servir d'un parachute.

Lorsque je me réveillai, nous étions en phase d’atterrissage. Il faisait nuit. Je ne pus tirer aucun indice de l’endroit où je me trouvai. J'aurais tout aussi bien pu me trouver en Sibérie que sous les tropiques. Combien de temps avais-je pu dormir ? Aucune idée, mais aussi pourquoi avais-je cette manie de vivre sans montre ? Un si petit avion ne devait pas avoir une autonomie très importante, je ne pouvais avoir atterri bien loin.

L’avion s’arrêta bien avant les bâtiments de l'aérogare. Ils n’étaient pas illuminés. Il n’y aurait donc aucune aide à trouver de ce côté. Je me levai en même temps que les deux autres passagères, et je m’extirpai du cockpit. Je sautai au sol, le pilote me donna ma valise sans dire un mot et je suivis mes deux compagnes. Elles marchaient à travers champs. Bientôt, j’eus les pieds trempés et j’avançais difficilement avec mes escarpins à talons aiguilles. Les deux demoiselles ne s’occupaient pas de moi. J’eus peur qu’elles ne me laissent en plan, mais au moment où j’allai les héler, l’une d’elle se retourna :

- Mais dépêche-toi donc.

- Je ne peux pas avec ces chaussures.

- Alors enlève-les et marche pieds nus, nous n’avons que trop de retard.

Je m’arrêtai, retirai mes escarpins pleins de boue.

- Allez, vite, sinon il sera encore mécontent.

- ZUT !

Mais que faisais-je là, et pourquoi les suivais-je ? Je ne savais même pas qui elles étaient, ni où j’étais, et encore moins où nous allions. Pour moi qui aimais avoir une petite vie rangée, c’en était trop. J’allais au plus vite rejoindre les bâtiments de l’aéroport. Mais où étaient-ils ? Avec cette nuit sans lune, je ne distinguai plus rien. Bon. Je pris une décision : « je vais rattraper ces deux filles, leur expliquer qu’il y a une erreur, et elles m’aideront à rentrer chez moi. »

Je courus pour les rattraper, mais déjà elles escaladaient la clôture en passant leurs sacs.

- Vite, pourquoi traînes-tu ? Ne sais-tu pas qu’il faut faire vite ?

L’une prit ma valise et d’un geste ample la fit passer par-dessus la palissade. Elle suivit en prenant appui sur un bras et en balançant ses jambes sur le côté. Je fis de même après avoir lancé mes chaussures à côté de ma valise. Je me rétablis tant bien que mal, tombai sur les genoux et les mains, me redressai, ramassai ma valise et mes escarpins et couru derrière les filles. Elles n’avaient qu’un petit sac à dos chacune, et je devais traîner une valise. Les escarpins me glissaient des doigts, mon sac à main ne tenait pas sur mon épaule, je finis par serrer mes chaussures contre moi. Je devais avoir piètre allure, mais ne m’en souciais pas, si je n’accélérai pas, je serai abandonnée.

J’étais pleine de boue : les pieds, les genoux, les mains. A présent mon chemisier et mon sac à main. Une pluie fine se mit à tomber. Je posai ma valise, écartai mes cheveux de mon visage. J’avais oublié la terre sur mes mains. Tiens, les jeunes filles s’étaient arrêtées à leur tour, j’allais enfin pouvoir leur poser des questions, leur parler et leur expliquer qu’il y avait une erreur.

 Episode 4 :

J’étais encore loin lorsqu’une voiture s’arrêta devant elles dans un crissement de freins. Elles se retournèrent vers moi et crièrent : « Allez, vite, vite, il va être furieux ». Je me dépêchai, les chaussures contre moi, la valise toute crottée à la main, le sac à main glissant, les cheveux trempés. En arrivant, le chauffeur me débarrassa de la valise et la jeta dans le coffre. Les filles me poussèrent dans la voiture, et nous voilà repartis. Le chauffeur avait mis la radio en marche, le son hurlant de la musique empêchait toute conversation. Je commençais à en avoir assez. Je me mis à hurler pour me faire entendre. Les jeunes filles me regardèrent avec étonnement. L’une me dit « Mais que se passe-t-il ? ». Le chauffeur tourna brutalement à droite ce qui me rejeta contre ma voisine, accéléra dans un chemin bordé d’arbres, et s’arrêta dans un crissement de frein devant une belle demeure.

Les deux femmes bondirent hors de la voiture, grimpèrent les marches du perron et s’engouffrèrent dans la maison. Le chauffeur me posa ma valise à côté de moi, et repartit encore plus vite qu’il n’était venu.

Aujourd’hui, je me rends compte que les décisions que j’ai pu prendre m’étaient comme dictées par l’extérieur. De moi-même, jamais je n’aurais suivi des étrangères dans un aéroport, ni accepté de grimper dans l’avion, ni couru à travers champs, encore moins je ne serais montée dans la voiture, et dans tous les cas, je serais repartie vers la route quitte à marcher durant des kilomètres pour trouver une ville ou à tout le moins une bourgade. J’ai donc fait ce que je n’aurais pas fait : j’attrapai la poignée de la valise, montai à mon tour les marches et tirai le cordon de la cloche qui pendait à côté de la porte.

Un majordome ouvrit la porte. Un majordome… je retins un sourire, je n’en avais jamais vu de ma vie. « Mademoiselle est attendue, elle est priée d’entrer ». J’entrai, le serviteur ferma la porte, traversa le hall, pénétra dans une pièce dont il ferma également la porte. J’étais à nouveau seule, mais cette fois, je n’en étais pas mécontente. Je me sentais tellement décalée au milieu de cette magnificence. Sur la droite, un escalier monumental se terminait sur une galerie. Devant moi, une immense cheminée, et partout, des portes. Je sentis le froid du marbre sur mes pieds, je baissai les yeux : mes pieds plein de boue et humides faisaient une flaque sur le sol. Brutalement j’eus un choc : je me vis dans un grand miroir placé à côté de la porte d’entrée. J’avais piètre allure : mon chemisier et ma jupe étaient tâchés, je tenais mes escarpins boueux sur mon cœur, j’étais échevelée et maculée de boue. 

 Episode 5 :

« Enfin, vous vous êtes fait attendre, mais vous voilà parmi nous. » Je me retournai et me trouvai face à un homme, grand, élégant, aux cheveux poivre et sel. Il devait avoir une cinquantaine d’années. Je regardai l’homme avec stupeur et tentai de prendre un air digne. Je me reculai de deux pas, posai mes escarpins sur le carrelage et les enfilai. Je senti des cailloux qui pénétraient ma plante de pieds, mais je ne me sentis pas le courage des secouer mes chaussures. En me relevant, je levai la tête, et le fixai avec effronterie : « Je vous prie de bien vouloir m’excuser, mais nous n’avons pas été présentés.

- Cela ne m’étonne pas. Veuillez me suivre.

- Ah non, il n’en est pas question, je ne bougerai pas d’ici. En voilà assez.

- Je vais demander à Manfred de vous conduire à votre chambre, puis vous nous rejoindrez pour le dîner ». Il tourna les talons et disparut dans une des pièces. C’était incroyable, une fois encore je me trouvai stupide, ayant manqué l’occasion de m’exprimer. J’aurais dû m’agripper à lui, lui intimer l’ordre de me renseigner, chercher à … Et puis en voilà assez. Je me baissai, retirai mes chaussures, les secouai sur le paillasson et les enfilai à nouveau, puis marchai en direction de la pièce où était entré l’homme. J’ouvris la porte : personne. J’entrai, c’était une salle à manger. La vaste table devait permettre à trente convives de se réunir autour d’elle. Je vis une autre porte, l’ouvris, et c’est ainsi que je fis le tour de tout le hall en passant dans les pièces en enfilade : après la salle à manger, le salon, puis un petit salon, puis une bibliothèque absolument somptueuse. Autour de la pièce courait une mezzanine. Deux escaliers en colimaçons permettaient d’y accéder. Mais je n’avais pas le temps de m’y arrêter. Je me retrouvai dans le hall. Où était donc passé cet homme ?

« Je vous en prie, c’est par ici, veuillez me suivre ». Manfred me précéda dans l’escalier magistral. Je le suivis. Nous gravîmes deux étages, arpentâmes un long couloir. Il ouvrit enfin une porte, me laissa passer, et dit « Le dîner sera servi à deux heures ». J’étais seule dans une immense pièce. Un lit à baldaquin sur la gauche, jamais je n’en vis un si grand. Des commodes, une magnifique armoire, de grandes fenêtres. Malheureusement il faisait nuit, je ne pouvais distinguer le parc. Je vis l’heure sur le réveil : une heure trente. J’avais donc une demi-heure pour me préparer. Je cherchai ma valise, je l’avais oubliée dans le hall. Malgré tous mes efforts, je ne pus ouvrir la porte : on m’avait enfermée. Le désespoir me prit à ce moment-là, et je réalisai pleinement que j’avais été enlevée et emportée dans un endroit tout à fait inconnu. Personne ne s’inquiéterait de moi avant trois semaines, puisque j’étais sensée être en vacances à l’autre bout du monde.

Je m’affalai sur le lit et me mit à réfléchir. Mais comme je n’arrivai à aucune conclusion, je songeai que si je devais être prisonnière, autant que ce soit dans un endroit luxueux plutôt que dans une cave humide. Je me mis donc à explorer ma chambre. L’armoire contenait des vêtements, tous à ma taille. Derrière une tenture, je trouvai un passage donnant sur une salle de bain. Je pensai que puisqu’on disait m’attendre pour dîner à deux heures du matin, et que de toute façon je n’avais pas sommeil, autant jouer le jeu de s’y préparer. Je me choisis une magnifique robe longue, pris une douche, me coiffai et maquillai. Il était près de deux heures. Machinalement, je me dirigeai vers la porte et l’ouvris, je me trouvai dans le long corridor.

 

Episode 6 :

Brusquement, Manfred fut à mes côtés. Par où était-il venu, et comment se déplaçait-il ainsi en silence, je ne le compris pas. Il me guida jusqu’à l’escalier, me précéda dans le hall et m’ouvrit la porte. Sur la longue table une nappe avait été déployée, des candélabres et un seul couvert, sur un des côtés. Il me fit asseoir et quitta la pièce. Je devrai donc manger seule. Je détestais manger seule. Si au moins j’avais été avertie, j’aurais emporté un livre.

Manfred revient aussitôt avec un plateau qu’il posa sur une desserte. Il me servit et posa l’assiette devant moi sans un mot. Je me tournai : il était immobile, tout près de la porte. Je mangeai en silence. C’était un plat froid, délicieux. Je refusai le dessert et fis mine de me lever. Il m’ouvrit la porte, et je sortis, seule dans le hall. Seul l’escalier était éclairé, il était clair qu’il me fallait monter et suivre les lampes qui devaient me guider vers ma chambre. Je m’affalai sur le lit et m’endormis immédiatement.

Ce sont les oiseaux qui me réveillèrent un peu après huit heures. Je choisis des vêtements et des chaussures confortables, espérant pouvoir m’échapper de cette prison. Cette fois pas de Manfred. Je descendis seule, pénétrai dans la salle à manger, mais rien n’avait été prévu pour le petit déjeuner. Je passai dans le salon et vis la porte-fenêtre grande ouverte sur une terrasse surplombant le parc. Il faisait beau. J’avisai une petite table qui m’invitait à y déjeuner. Lorsque j’eus terminé, l’homme aux cheveux gris grimpait les marches de la terrasse.

- Bonjour, avez-vous bien dormi ?

- Assez ri. Où suis-je ? Pourquoi m’avez-vous enlevée ? Je vous préviens, personne ne payera jamais de caution pour moi, ma famille sera trop contente de me voir disparaître.

- Vous êtes drôle. Qui parle de kidnapping ? Vous êtes libre d’aller et venir comme bon vous semble. Simplement, vous avez été amenée ici pour trouver un trésor. Libre à vous de rester ou de vous en aller. Que décidez-vous ?

Bien entendu, l’idée du trésor me semblait alléchante. Par ailleurs ma vie n’avait pas été mise en danger, tout me semblait calme et agréable. J’acceptai donc. Lorsque je levai la tête pour donner ma réponse, l’homme avait disparu. Je commençai à m’habituer à ces apparitions, disparitions. Je me levai et décidai de faire le tour du parc. Il était immense, fort bien entretenu, avec une partie de jardin à la française, un verger, et même un étang comportant une île en son centre.

Je rebroussai chemin vers le château. L’édifice était vraiment immense, la visite allait me prendre deux jours pour le moins. C’était un défi, il serait intéressant d’essayer de trouver le trésor dont j’avais été avertie. Jusqu’au soir, je passai de chambre en chambre, ouvrai les armoires, fouillai les tables de nuit, auscultai les murs… mais sans succès. Aux heures de repas, la table de la terrasse était dressée pour moi, avec un délicieux repas. Parfois Manfred me servait, souvent je ne le voyais même pas. En fait, je ne m’en souciai plus.

Le deuxième jour, je me consacrai à la visite des étages supérieurs et des combles. Le troisième jour fut réservé au sous-sol. Là régnait une magnifique cuisine. Manifestement mes repas devaient y être préparés, parce que le réfrigérateur regorgeait de victuailles, mais je ne m’y attardai pas. Le reste du sous-sol consistait en des caves successives, la plupart du temps vides.

Le troisième jour, je fouillai le rez-de-chaussée. Je terminai par la bibliothèque où je cherchai en vain un livre sur le château qui m’aurait mise sur la voie du trésor. N’ayant rien trouvé, je pris plusieurs livres tout à fait intéressants, et me mis à lire.

A partir du quatrième jour, on ne me vis plus sans un livre sous le bras. Je lisais du matin au soir, y compris dans la barque sur l’étang, ou pendant les repas. Je coulai des jours tranquilles, seule dans un silence royal que seuls les oiseaux osaient briser par leurs chants.

Episode 7 :

Ce n’est que vers le dixième jour que j’eus envie d’un peu d’action. J’avisai Manfred et lui demandai quel genre d’activités il était possible d’envisager dans ce coin perdu. Il me répondit laconiquement : « Ce soir il y a un grand dîner, il vous est demandé de vous mettre en robe du soir. Vous serez attendue dans le salon à 20 heures précises ».

Je me souvins alors qu’il y avait un trésor à chercher dans la maison. J’abandonnai l’idée de partir à sa recherche, je souhaitai encore profiter d’un tel cadre pour me reposer et ne rien faire. Cette dernière journée fut aussi belle que les précédentes. Vers 19 heures, je montai dans ma chambre pour me préparer tranquillement. J’eus envie d’essayer tous les vêtements, toutes les robes, de les assortir avec les chaussures, bref, de passer du temps que je n’employais jamais pour cela, estimant que c’était une perte de temps lamentable.

Plus qu’une minute pour me rendre le salon, je me précipitai dans le couloir, dégringolai l’escalier, et ouvrit la porte au moment précis où la grosse horloge commençai à égrener ses coups. Là, je les vis. Ils étaient tous là : Anita et Géraldine, Sosthène, Jean-Philippe, Bernard, Viviane et Sophiane, Armand, Estelle, Michel, Ivan, Cyrano, Charles, Thierry et André, de même que l’homme aux cheveux gris que j’avais vu au début de mon séjour. Tout le monde riait de ma stupeur.

-  Alors, Bernadette, comment vas-tu ?

-  As-tu bien profité de ces dix jours ?

-  Qu’as-tu pensé lorsque nous sommes partis à l’aéroport ?

-  Et quelle a été ta tête lorsque tu es arrivée ici ?

-  Et…

-  Stop, cria Henry (l’homme aux cheveux gris), nous allons procéder dans l’ordre. Que désirez-vous comme apéritif ?

Nous nous installâmes dans les fauteuils, puis, comme tout le monde voulait raconter ses exploits, Henry décida de donner la parole à chacun son tour pour raconter le canular qu’ils avaient concocté.

Depuis plusieurs années déjà, j’organisai les vacances de notre groupe d’amis. Tout était prévu, les visites, les nuitées, les restaurants les plus typiques, les paysages à contempler, tout. La tribu partait avec plaisir avec moi, mais parfois, certains avaient émis l’idée que la pause pouvait être aussi salutaire. La mort dans l’âme, j’avais donc inséré dans mes programmes des moments de repos. L’idée avait donc germé dans la bande qu’il devait être possible de me démontrer que la détente pouvait passer par la quiétude, le silence, la tranquillité et le repos. Ils avaient monté toute la mascarade avec l’aide d’Henry qui avait prêté son château, son avion personnel, sa voiture, et un domestique qui jouait le rôle du chauffeur. Les jeunes filles étaient ses nièces, heureuses de jouer un tour sans gravité. Le plus difficile avait été de convaincre le personnel de l’aéroport de se prêter à la blague. Une fois que j’avais été emportée dans l’avion, mes amis avaient rejoint le château en voiture, et avaient logé dans la maison du jardinier au fond au parc. Ils riaient parce que je n’avais même jamais marché jusque-là !  

Bonne joueuse, j’admis facilement que ces vacances avaient été très surprenantes pour moi, et que je découvrais un nouveau bonheur grâce à eux tous. Je les remerciai donc pour ce trésor que j’avais fini par trouver !