Des nœuds dans mon fil

samedi 10 février 2018

Les deux frères

- Enfin, Ambroise, tu n'as pas répondu à Quentin lorsqu'il t'a dit bonjour. On avait pourtant décidé que tu répondrais à tous ceux qui t’appelleraient Anatole, et que je réagirais à toute personne m'appelant Ambroise... Sinon on va se mettre les copains et les profs sur le dos.  

C'est ce qui se passe dans une petite ville, entre deux frères qui se ressemblent tant aux yeux des autres, qu'ils doivent même échanger de prénom !


jeudi 8 février 2018

Les beautés de Saint-Gall

La semaine dernière, nous avons reçu un ami d'Anatole qui habite à présent à Saint-Gall. 
- Tu verras, Anatole, Saint-Gall est une ville splendide... Le lever du soleil sur Saint-Gall, vu depuis la colline est une pure merveille.

J'ai été éblouie. C'est la toute première fois que j'entends quelqu'un parler de beauté d'un lieu en invoquant le lever du soleil. Ce garçon est incroyable, il détient la clef du bonheur puisqu'il sait voir l'essentiel !


mardi 6 février 2018

Une morale en cache une autre (Agenda ironique de février)

Tout avait commencé le dimanche de la quadragésime. Ce jour-là, après le pousse café, Eloi avait annoncé d’un ton qui n’admettait pas de réplique : « Je vais à la foire dépenser mon tringueld ». Sans attendre de réponse, il s’élança vers la porte, l’ouvrit violemment et la claqua derrière lui.

Il marchait avec énergie, d’un pas de conquérant. Sans ralentir il se remémora sa sortie tonitruante et se demanda pour qu’elle raison il avait agi de la sorte. Rien ni personne ne l’aurait empêché de partir, c’était un peu absurde, mais il se mit à rire. Il aimait ces gestes grandioses, ces attitudes incompréhensibles, ces mouvements qui le mettaient en valeur. Au fond, tout cela n’avait aucune importance, et ceux qui étaient restés avaient certainement déjà oublié cet élan qu’il qualifiait de majestueux !

Il chassa cet événement mineur de sa vie d’un geste de la tête et se concentra sur la fête foraine. Voilà qui méritait ses pensées. Tout en imaginant les stands qu’il allait visiter, il tâtait compulsivement sa poche pour vérifier la présence de sa bourse bien remplie. Ce qu’il allait pouvoir s’amuser, jamais encore il n’avait eu autant d’argent à sa disposition.

Tout en faisant le programme des attractions qui allaient avoir sa visite, il arriva sur la place du village. Cinq heures sonnaient au clocher de l’église. « Tiens, déjà », se dit Eloi. Il commença à arpenter les rangées. Le tir au fusil le tentait, mais, bon tireur, il ne souhaitait être gagnant si vite, il aurait été encombré par l’éléphant en peluche de la taille d’un veau ! Le comptoir des tartes ne l’attirait pas, il avait encore son dessert sur l’estomac. Il regarda longuement les badauds sortir du labyrinthe de miroirs. Un jeune couple était hilare d’avoir égaré son chaperon, Eloi les entendit se donner rendez-vous à l’orée des bois. Il se faufila entre des enfants dévorant des gaufres, puis contempla les manèges en bois. Comme il avait envie de monter sur ce tourbillon. Les hommes perdaient leur chapeau, les cheveux des femmes se défaisaient et volaient au vent. C’était amusant de les contempler.

Six heures sonnaient au clocher de l’église. « Tiens, déjà », se dit Eloi. Il reprit sa marche entre les stands, eut envie de tout essayer, pourtant il se retenait. « Si j’attends encore un peu, les manèges tourneront plus longtemps parce qu’il y aura moins de monde, je pourrai avoir les tartes invendues à moindre prix, je m’essayerai au tir juste avant la fermeture ». Tout en philosophant, Eloi admirait les bouquets de fleurs, saluait une connaissance, souriait de la joie des curieux, observait les flâneurs.

Sept heures sonnaient au clocher de l’église. « Allons-y », se dit Eloi. Il tendit un billet à la caissière pimpante du manège tourbillon, mais elle lui indiqua une pancarte de son doigt : « dernier tour ». Il se dirigea alors vers le labyrinthe de miroirs, mais la lumière s’éteignit devant lui. Il voulut entrer dans la maison de l’horreur, mais le vendeur quittait les lieux sa caisse sous le bras. Le stand de tartes était vide, le préposé au tir rangeait ses fusils, les badauds rentraient chez eux heureux de leur journée. Eloi quant à lui se tenait immobile, comme deux ronds de flan, bousculé de droite et de gauche par des hommes un peu ivres, de bière ou de manège, on ne savait trop.

Eloi, pensif, se rendit compte que son avarice l’avait privé de toute joie. Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. L’année prochaine, il ne jouera pas au radin, il dépensera tout son argent en folies de façon à en profiter un maximum.

Cette fable aurait pu s’arrêter là, la morale aurait eu de quoi occuper Eloi pour les 365 jours qui le séparaient de la prochaine fête foraine. Mais il se décida à rentrer chez lui. Il enfonça son chapeau sur sa tête, ses poings dans ses poches, et prit le chemin du retour, avec bien moins d’enthousiasme qu’à l’aller. Il avait déjà parcouru la moitié de sa route, la nuit était tombée, quand il se trouva nez à nez avec un homme d’une truculence caractéristique. Un rayon de lune échappé d’un nuage lui permit d’examiner sa physionomie : Sa face faisait briller ses yeux d’oiseaux de proie, sa petite bouche cruelle émettait des rictus sinistres, son vêtement lacéré aurait fait pitié si le comportement brutal de cet homme n’avait pas révélé sa sauvagerie et sa violence. Avec rudesse, il s’agrippa à la veste d’Eloi, et, avec un souffle pestilentiel, il siffla « ta bourse, vite ! ». Eloi tenta de s’échapper de sa poigne, mais en vain. Il expliqua qu’il revenait de la fête foraine où il avait dépensé tout son argent. L’homme approcha son nez de la bouche d’Eloi : « Comment, tu dis avoir tout dépensé, mais tu ne sens pas l’alcool, tu ne sembles pas t’être amusé, tu mens ». Sa main se fit plus sévère, il secoua Eloi et l’enjoignit une dernière fois de lui donner sa bourse. Au lieu d’attendre la réponse, de sa main libre, il tâta les poches d’Eloi, et dans un cri de victoire, attrapa la bourse et s’enfuit sans demander son reste.

Eloi, qui était un peu philosophe, comprit mais un peu tard que s’il ne savait pas s’employer à dépenser son argent, un autre le fera à sa place.



Texte écrit pour l'agenda ironique hébergé chez "Le dessous des mots". Il fallait écrire une fable, avec une morale et 4 mots imposés : gagnant, truculence, tringueld, quadragésime.

Note : Merci à Max, grâce à lui j'ai appris que "truculence" avait deux sens, j'ai opté pour le sens vieilli tellement joli !



samedi 27 janvier 2018

Dilemme à résoudre

Lorsqu'un adulte ne comprend pas un jeune, quel en est le motif profond ?

- L'adulte devient sourd et n'entend plus ce que dit le jeune ?

- Le jeune émet de tels borborygmes qu'il ne devient compréhensible que pour ses pairs ?



J'ai opté pour la deuxième version, Ambroise s'en tient fermement à la première solution et me conseille le système auditif.


vendredi 19 janvier 2018

Version longue ou version courte ?

C'est parti pour le troisième mouvement de la sonate en Sol mineur de Jean-Sébastien Bach pour flûte et clavecin. Las, dès la septième mesure, mon professeur s'arrête et m'arrête. Pourtant, j'avais le sentiment d'avoir bien joué, et je ne voyais pas ce qui justifiait une pause intempestive.

- Alphonsine, nous avons une mesure de décalage, que se passe-t-il ? (Il fait bien d'être inquiet, habituellement je suis plus rapide que lui, et arrive en première au point d'orgue). 

Je lui montre ma partition, il constate effaré que j'ai une mesure supplémentaire par rapport à sa partition d'accompagnement. Il me promet de me réécrire ma page.

En rentrant, j'écoute Emmanuel Pahud. Et puis Randal. 

Je constate qu'il existe deux versions, l'une, longue, jouée par Emmanuel Pahud, l'autre, courte, jouée par Jean-Pierre Rampal. Une mesure d'écart, c'est-à-dire une version longue et une version courte. Serait-ce celle que l'on joue les jours où l'on est pressé d'en finir !!! ?


mardi 16 janvier 2018

Gagnez un voyage de 5 jours dans le canton de Fribourg (Suisse)

Afin de promouvoir la région Fribourg, de faire découvrir ses secrets, ses attraits et ses beautés, "Suisse Tourisme" propose un jeu-concours aux apprentis blogueurs-voyage français, résidant en France. 

Pour cela, il faut faire parvenir aux organisateurs un récit de voyage avec photos, le tout avant le 1er mars.

Les 3 gagnants se verront offrir une formation à Paris, puis un voyage de 5 jours dans le canton de Fribourg, à charge pour eux de rédiger un récit émaillé de photos de leur séjour.

Le détail du règlement se trouve ICI.


A vos plumes !



mercredi 10 janvier 2018

La vie est faite de surprises

Au retour de nos vacances, une lettre m'informe que le 6 décembre à 10.45, j'ai commis un excès de vitesse dans un bourg que je n'ai jamais fréquenté, qu'il m'appartient de payer l'amende d'ordre d'un montant de 120 Francs. Le papier indique bien ma plaque d'immatriculation, mais nomme une "skoda" comme véhicule verbalisé.

Je n'ai jamais conduit de Skoda, les plaques d'immatriculation suisses sont très difficiles à copier (on les reçoit à l'office de la circulation, on ne les fait pas soi-même comme en France). 

Lundi matin, à la première heure, je téléphone pour demander des explications. "Quel est votre numéro d'amende ?" La jeune femme consulte son ordinateur, puis me dit : "Il est indiqué que la plaque était difficilement lisible. Vous pouvez donc déchirer votre feuille, c'est tout bon."

Stupeur et enthousiasme : c'est donc si facile, il n'y a pas à fournir sa carte grise en trois exemplaires, avec avance de l'amende pour ne jamais être remboursé ensuite, et énervement pour une infraction non commise... 

J'aime la Suisse !


lundi 8 janvier 2018

La cliente de passage

Prise par une nécessité impérieuse, et défiant toute crainte, je suis entrée dans le premier salon de coiffure qui passait sur ma route pour demander, sur le champ et sans plus attendre, une coupe rafraîchissante. Cet élan n'a pas été refréné par mes expériences passées qui m'ont démontré plus d'une fois qu'un coiffeur inconnu pouvait être fatal pour l'aspect esthétique de mon visage. Peut-être qu'au vu de l'état de la longueur de mes cheveux je me suis dit que rien ne pouvait être pire.

Une fois installée devant le miroir, la coiffeuse très gentille et dépassant la quarantaine, a saisi ses ciseaux et son peigne, puis a consciencieusement détaillé une portion de mon cuir chevelu pour y lancer son premier coup de ciseau. C'est à ce geste que j'ai reconnu l'apprentie. (Vous vous souvenez que je vous ai confié avoir coupé les cheveux aux ciseaux à mes garçons. Les chaînes de vidéos sont très explicites et permettent de reconnaître sans retard celles qui s'y sont frottées).

Tout en me racontant sa vie, la coiffeuse coupe, coupe, en gardant prudemment son premier repère, de sorte qu'au final mes cheveux ont eu la même longueur en tout point du crâne. C'est un genre si particulier que la coiffeuse-collègue d'à côté s'est empressée de terminer la tête de sa cliente pour venir à la rescousse de l'apprentie. Entre-temps, ma coiffeuse lui demande où est passée "la cliente qui voulait des mèches blondes, même que ça ne lui allait pas du tout et qu'elle serait très moche". La réponse m'a lancé comme un coup de fouet : "Quelle importance, ce n'est qu'une cliente de passage".

Et voilà la clef de l'énigme : on confie sans lui demander son avis une cliente à une apprentie. N'étant qu'une cliente de passage, il n'y a aucun risque. Ceci dit, elle a rattrapé la coupe, pour cela elle a coupé plus court que prévu. 

Je suis donc sortie avec une coupe courte qui était seyante malgré tous les risques pris, et les cheveux mouillés "pour garder un effet mouillé".

La vie en vacances est une vie à risque !